Société & Culture

Libre Propos/IBOGA : Quand l’argent détruit la spiritualité

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Guy Bertrand MAPANGOU.

Depuis une dizaine d’années, l’ibogaïne a acquis une réputation internationale grâce à son potentiel dans le traitement des addictions et des traumatismes.

Des réseaux organisés de trafiquants se sont mis en place au Gabon et à l’extérieur avec la complicité de certains Gabonais, des tradipraticiens, des initiés, parfois même des dépositaires de la tradition, qui monnaient à des étrangers des titres de Nimas et des savoirs initiatiques.

Vendre l’iboga et ses savoirs associés est un danger culturel et spirituel. Un savoir initiatique, ne se vend pas. Un rite se vit, il ne se consomme pas comme un forfait bien-être. Lorsque les maîtres et gardiens de la tradition eux-mêmes acceptent de transformer l’initiation en transaction monétaire et en produit touristique à la carte, vendu à qui peut payer, sans le respect du parcours spirituel qu’il suppose, ce n’est plus du Bwété, c’est du folklore commercial, qui expose les auteurs à des peines …

Cette situation ouvre une brèche que rien ne peut refermer facilement: celle où l’argent devient le nouveau critère de légitimité spirituelle, à la place du respect, de la transmission et du sens.

L’iboga a survécu à la colonisation, aux interdits, à l’oubli. Il ne survivra pas nécessairement à l’indifférence des initiés qui devraient le protéger en premier.

L’iboga est bien un pont vivant entre les vivants et les ancêtres, le cœur battant du rite Bwété. ÉBOGHÈ sert à guérir, à révéler, à transmettre. Aujourd’hui il sert aussi à s’enrichir. Et c’est là que le problème commence.

Guy Bertrand MAPANGOU.

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