Politique

Libre propos/Congrès du Parlement : un discours axé sur trois dimensions

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La date 15 juin 2026 restera gravée dans la mémoire collective comme un moment charnière du renouveau national, marqué par le premier discours sur l’état de la nation de Brice Clotaire Clotaire Oligui, Président de la République, Chef de l’État, Chef du Gouvernement. Pour la première fois, en effet, sous la cinquième République, le Parlement réuni en congrès recevait la figure tutélaire de l’exécutif. Au cours de cet exercice oratoire de la plus haute importance, Brice Clotaire Oligui Nguema, comme souvent, a su captiver son auditoire. Son narratif a mis en relief, trois axes de lecture majeurs: la refondation de l’État pendant la transition (I), les enjeux de la transformation du modèle économique (II) et l’exigence de transparence dans la conduite des affaires publiques(II)

I. La refondation de l’État pendant la transition

Dans une posture semblable à celle d’un chef de guerre, Brice Clotaire Oligui Nguema a donc pris la parole devant les parlementaires congressistes ce 15 juin 2026. D’un ton grave mais serein, l’homme est revenu sur la dégradation de la gouvernance et de la cohésion nationale sous l’ancien régime. Saluant l’action salvatrice du coup de libération, il a présenté un tableau particulièrement accablant du climat politique, économique et social au temps de son prédécesseur. Car en plus d’avoir engagé le pays dans un endettement abyssal sans raison valable, l’ancien pouvoir avait poussé son cynisme à l’extrême par le gel des recrutements dans la fonction publique, la supression des bourses d’études et un niveau de corruption préoccupant, notamment.

C’est pour corriger ces injustices que les militaires ont pris leur responsabilité le 30 août 2023, dans un sursaut patriotique visant à redonner aux Gabonais leur dignité. Pour le Président de la République, le Dialogue national inclusif et le référendum pour la nouvelle constitution ont nettement participé à cette refondation du vivre ensemble et permis l’organisation des élections libres et transparentes dans la foulée.

II. Les enjeux de la transformation du modèle économique

En bâtisseur assumé, le Président de la République a surtout tenu à défendre son modèle économique devant le Congrès. Ce discours a été l’occasion pour lui de vanter les grandes réalisations de son magistère mais aussi et surtout de présenter les garanties financières qui permettront de mener le PNCD à terme, dans un contexte où notre seuil d’endettement inquiète certains observateurs. Seulement voilà, ces observateurs ont manifestement tort de s’inquiéter outre mesure: << La dette ne me fait pas peur>> a-t-il déclaré, promettant d’investir dans les secteurs à forte rentabilité pour rembourser dans les échéances fixées. Prenant les sceptiques à contrepied, il a vanté le cas de la cité émeraude, grâce à laquelle l’Etat fera des économies de l’ordre de 30 milliards de FCFA par an. Plus loin, il a présenté d’autres mécanismes pour trouver des sources de financement. C’est dans cette logique que s’inscrit la suppression prochaine de la prime de transport pour les fonctionnaires qui bénéficient d’un moyen de transport offert par l’Etat. Toutefois, le principal défi de Brice Clotaire Oligui Nguema demeure la production et la transformation locales des richesses. Son optimisme à ce sujet repose essentiellement sur la plus-value dégagée par l’accentuation du contrôle de l’Etat dans les secteurs pétrolier et minier, à travers notamment le rachat d’Assala Energy et la prise de participation dans le groupe Eramet. Pour soutenir cet effort de nationalisation, il a une fois de plus exhorté les populations en général et la jeunesse en particulier à changer de mentalités. Puisqu'<<il n’y a pas de dignité sans efforts>>, il a appelé ses compatriotes à se lancer massivement dans l’entrepreneuriat et à se détourner de la facilité.

III. Une gouvernance basée sur la transparence

La troisième et non moins importante dimension du discours de Brice Clotaire Oligui Nguema concerne l’exigence d’une gouvernance axée sur la transparence. Il sait qu’il ne pourra mener à terme ses différents chantiers sans endiguer le phénomène de la corruption qui gangrène l’administration publique et parapublique. Visiblement remonté après l’épisode de surfacturation des vacations au Ministère de l’Education nationale, il a appelé les parlementaires à accentuer le contrôle sur l’action du gouvernement, quitte à réclamer le limogeage de certains Ministres en cas de manquements graves. D’ailleurs, comme il l’a rappelé à l’entame de son propos, la réédition des comptes doit désormais être perçue comme une exigence républicaine à laquelle il se soumet lui-même, en premier, à travers cet exercice oratoire. Mais la transparence dans la gestion des affaires publiques ne peut être garantie sans la partition d’un système judiciaire indépendant, doté d’un cadre de travail adéquat. Le Chef de l’Etat n’a donc pas manqué d’évoquer la livraison de l’annexe du palais de justice de Libreville au nombre de ses réalisations, comme pour appeler le corps des magistrats à faire son travail en toute responsabilité et quiétude. Morceau choisi: << Pour bâtir un État fort, plus juste et plus protecteur, il est essentiel de comprendre que la justice est le pilier de notre maison commune, et que la responsabilité en est la clé >>

Par Michel Ndong Esso, consultant et analyste politique, auteur de plusieurs chroniques sur les dynamiques institutionnelles et socio-économiques. Diplômé en philosophie morale et politique.

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