LIBREVILLE, 3 mai 2026 (AGP) – Un an après l’avènement de la Ve République, Michel Ndong Esso, consultant, analyste et observateur politique, a accordé un entretien à l’Agence gabonaise de presse (AGP) dans lequel il apprécie les actions menées par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, tout en relevant certaines préoccupations persistantes.
AGP : Quel état des lieux pouvez-vous faire des actions multiformes menées dans tous les domaines par le président de la République, un an après son accession à la magistrature suprême ?
Michel Ndong Esso : De prime abord, il convient de relever que les réformes et les chantiers initiés durant la période de transition s’inscrivent dans le moyen et le long termes. Cela rend quelque peu difficile leur évaluation sur la période allant de mai 2025 à mai 2026. Qu’à cela ne tienne, les actions menées par Brice Clotaire Oligui Nguema durant ce laps de temps illustrent la détermination de l’homme à refonder les institutions et à rénover les infrastructures du pays.
Concrètement, on a pu noter une certaine célérité dans la prise d’initiatives au niveau des textes de loi, même si la méthode a parfois donné l’impression d’être cavalière. Mais c’est surtout au niveau des infrastructures que le président de la République a engrangé les points les plus décisifs. C’est visible par tous : les routes avancent, les tours sortent de terre et certains lieux symboliques sont rénovés, à l’image de la Cité de la Démocratie, véritable bijou architectural.
Cependant, nous manquerions d’honnêteté en voulant faire croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Derrière le bruit assourdissant des engins sur les chantiers, il y a une réalité troublante qui persiste : la baisse du pouvoir d’achat des travailleurs, accentuée par les inégalités de revenus entre les hauts dirigeants et les cadres moyens.
Malgré sa volonté de restaurer la dignité des Gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema doit prendre le taureau par les cornes afin d’assurer une meilleure redistribution des fruits de la croissance, notamment à travers la revalorisation des revenus des travailleurs et des aides sociales. Que dire également de la question de l’eau et de l’énergie, véritables cailloux dans sa chaussure ?
Quelles appréciations faites-vous des actions menées par le Gouvernement ?
Il faut rappeler que la suppression du poste de Premier ministre a renforcé les pouvoirs du président de la République, chef de l’État et désormais chef du Gouvernement. Cette réforme fondamentale visait à accroître l’efficacité et la cohésion de l’action gouvernementale. Mais, en vérité, cet objectif n’a été atteint qu’à moitié.
Il existe comme un fossé entre l’hyperactivité du président de la République et l’atonie de certains ministres. Moins visibles sur le terrain, ces derniers semblent manquer d’idées et d’initiatives dans la résolution des problèmes légitimes des Gabonais.
On l’a vu récemment avec la crise à la SEEG : il a fallu que le président tape du poing sur la table pour que le ministre concerné sorte de sa torpeur. Or, l’efficacité de l’action gouvernementale se mesure à l’aune de la capacité de ses membres à réagir avec diligence et à désamorcer les crises sectorielles.
Bien entendu, certaines individualités sortent du lot. Quelques ministres s’attèlent effectivement à traduire en actes la feuille de route du patron de l’Exécutif. Mais cela reste encore insuffisant pour satisfaire les attentes du peuple. Les membres du Gouvernement gagneraient donc à placer le curseur plus haut afin de suivre la cadence du président de la République.
Quelles améliorations proposez-vous pour une meilleure traduction en actes du programme politique de l’Exécutif, le PNCD, tiré du projet de société à l’origine du plébiscite du chef de l’État le 12 avril 2025 ?
Pour une meilleure mise en œuvre du PNCD, le Gouvernement devrait repenser sa stratégie d’investissement dans le capital humain. On l’a assez répété : la première richesse d’un pays, c’est sa population, aussi bien quantitativement que qualitativement.
En plus d’être fragilisée par une démographie faible, notre économie est pénalisée par des politiques éducatives déconnectées des réalités actuelles. Il est suicidaire que nos écoles et nos universités continuent d’évoluer en marge des standards internationaux.
La question des offres de formation, par exemple, mérite un examen approfondi afin de produire des cadres compétitifs capables de s’insérer sur le marché du travail. Cela ne sert à rien de digitaliser l’administration si le personnel n’est ni formé ni préparé à utiliser ces outils.
L’autre exigence pour faire aboutir le PNCD est de parvenir à une tolérance zéro vis-à-vis de la corruption et des détournements de fonds. Cette exigence interpelle à la fois le chef de l’État dans le choix de ses collaborateurs, mais aussi le pouvoir judiciaire quant à son impartialité et son indépendance.
Un Gabon prospère, c’est un Gabon où la justice demeure suspendue, telle une épée de Damoclès, au-dessus des têtes des comptables publics et de tous ceux qui gèrent quotidiennement l’argent du contribuable.
TYM/RL/EN/CBM/AGP










Commentaires