Économie

Gabon/Transport maritime : « La relance de la CNNII place l’intégration territoriale, la réduction des inégalités régionales et la valorisation des infrastructures nationales au cœur de l’action publique », dixit Alexis Mpiga

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Le Directeur général de la CNNII, Alexis Mpiga.

LIBREVILLE, 20 août 2026 (AGP) – Le Directeur général de la Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII), Alexis Mpiga, est revenu, dans une interview accordée à l’Agence gabonaise de presse (AGP) sur le renouveau de cette entreprise, la redynamisation du transport maritime et fluvial. Lecture.

Agence gabonaise de presse : Monsieur le Directeur général, pouvez-vous rappeler les principales missions de la Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII) et son rôle dans le développement des transports au Gabon ?

Alexis Mpiga : «La Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII) est l’armement national du Gabon. Établissement public à caractère industriel et commercial, sa mission principale est d’assurer le transport de personnes et de marchandises par voies navigables intérieures et internationales.

Elle a pour objectifs : d’assurer la continuité territoriale en reliant les villes côtières et les zones enclavées ; de contribuer à la réduction des coûts logistiques pour lutter contre la vie chère ; de renforcer la souveraineté logistique du Gabon grâce au développement d’un armement national ; de favoriser les échanges commerciaux avec les pays de la sous-région ; et d’accompagner les politiques publiques de désenclavement et d’aménagement du territoire. »

Quelles sont aujourd’hui les principales priorités de l’entreprise pour améliorer la qualité de ses services et renforcer sa compétitivité ?

« Nos priorités s’articulent autour de la mise en œuvre de notre plan de relance « TSALACH » de la CNNII, qui passe par la modernisation de notre flotte et l’amélioration de notre offre de service. Ce plan bénéficie de la supervision et du soutien du ministre d’État, ministre des Transports, de la Marine marchande et de la Logistique, et est conduit en parfaite adéquation avec la vision portée par le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema.

À cet effet, il prévoit le renouvellement et la modernisation de la flotte à travers l’acquisition de nouveaux navires. À titre d’exemple, après l’affrètement de l’Elobey VI en février 2026, nous préparons l’acquisition de nouveaux navires pour renforcer notre capacité opérationnelle. L’arrivée de cette nouvelle flotte marquera une étape clé dans notre volonté d’offrir un service plus fréquent, plus étendu et plus sécurisé.

Nous avons également annoncé la reprise des activités sur l’axe majeur Libreville–Port-Gentil, et la création d’un nouveau réseau fluvial, lagunaire et lacustre reliant les localités suivantes : Cocobeach, Kango, Ndjolé, Bifoun, Ntchyatanga, Ngomo, Achouka, Ozouri, Batanga, Omboué, Gamba, Makouké, Sainte-Anne, Ndougou, Moukouna, Vendareni, Boué, Makokou, Ovan, Mouila, Sindara, Fougamou, Lebamba, Ndendé, Mimongo, Mayumba, Tchibanga, Lastourville, Koulamoutou, Ndoumé, Pana, Franceville, Boumango, Mvoung, Okondja.

Pour la circonstance, les tarifs ont été étudiés pour garantir une meilleure accessibilité.  Le projet de loi adopté en Conseil des ministres le 25 juin 2026 nous offre aujourd’hui un cadre juridique stable et sécurisé, qui permet de rassurer nos partenaires et d’attirer les investissements nécessaires à notre développement.

Ainsi, la relance de la CNNII place l’intégration territoriale, la réduction des inégalités régionales et la valorisation des infrastructures nationales au cœur de l’action publique. Dans cette dynamique, la vision est d’en faire un levier de souveraineté logistique nationale, au service du développement économique et de la cohésion territoriale. »

Quels sont les principaux défis auxquels la CNNII est confrontée, notamment en matière d’infrastructures, de sécurité de la navigation et de financement ? Quelles solutions envisagez-vous pour y faire face ?

« Les défis sont nombreux et hérités d’une situation structurelle complexe, notamment en matière d’infrastructures et de flotte. Pendant des années, la Compagnie a souffert de l’absence d’équipements logistiques et navals lui appartenant. S’y ajoutent les questions de fiabilité, de sécurité, d’investissement en capital humain et de financement.

Notre programme d’investissement vise à opérationnaliser et à renforcer nos activités afin de générer des revenus constants pour la Compagnie et d’assurer sa rentabilité. Le nouveau cadre juridique nous ouvre les portes des financements, et nous avons entamé des discussions avec des partenaires bancaires de la place afin de financer une partie de ce plan d’investissement. »

Depuis votre prise de fonctions à la tête de la CNNII, quelles avancées majeures ont été enregistrées ? Quels résultats concrets pouvez-vous présenter en matière de modernisation, de performance et d’amélioration des services ?

« Il est important de dresser l’état des lieux de la Compagnie avant ma prise de fonctions. En effet, lorsque j’ai été nommé directeur général en 2024, j’ai effectué un diagnostic dont le constat était le suivant : absence de navires ; absence de moyens d’exploitation (conteneurs, chariots élévateurs, ponts-bascule, remorques) ; absence de recettes ; absence d’états financiers et de comptes certifiés ; absence d’un cadre juridique viable ; absence d’instruments de gestion.

En revanche, nous avons trouvé une dette sociale abyssale, dont 17 mois d’arriérés de salaires, qui alimentait un climat social délétère et une situation de quasi-conflit social permanent ; une dette fournisseurs ambiguë ; une perte de confiance des partenaires et des institutions publiques ; une inadéquation formation-emploi ainsi que des écarts salariaux inexpliqués ; des abandons de poste par une partie des employés ; l’existence de réseaux frauduleux d’envoi et de réception de colis entre Libreville et Port-Gentil ; une désorganisation administrative.

Cependant, des avancées significatives ont été enregistrées, notamment l’assainissement du cadre juridique, qui met fin à une situation intenable où la Compagnie fonctionnait « comme une société de fait ». Nous existons désormais pleinement en tant que personne morale.

Cela a permis d’obtenir des résultats concrets, notamment l’affrètement du navire Elobey VI, la reprise du leadership sur le transport du fret entre Libreville et Port-Gentil, en alliant sûreté, rapidité, conformité et ponctualité, des éléments qui constituent notre fondement. De plus, le déploiement du plan de développement a permis la signature de plusieurs conventions de partenariat en cours de mise en œuvre. »

La CNNII a récemment traversé une période de tensions sociales. Quel bilan dressez-vous de la gestion de ce mouvement social et quelles mesures ont été prises pour renforcer le dialogue avec les partenaires sociaux et garantir un climat de travail apaisé ?

« La question sociale est au cœur de mes préoccupations. C’est une situation que j’ai trouvée à mon arrivée et qui s’explique par le non-paiement des salaires depuis plusieurs années. Je suis pleinement conscient des difficultés que traversent les collaborateurs. C’est dans ce cadre que j’ai entrepris la relance des activités avec l’arrivée d’un navire, qui permet de générer un peu de trésorerie ayant contribué au règlement de plusieurs mois d’arriérés de salaire. Ces efforts auraient dû amener l’ensemble du personnel à se remettre au travail pour accompagner l’action entreprise par la direction générale. Cependant, une minorité persiste à ne pas vouloir reprendre le travail et à bloquer les activités de la Compagnie.

En termes de bilan, nous avons constaté une méconnaissance totale de l’éducation ouvrière, qui conduit à la confusion entre les activités syndicales et celles de délégué du personnel ; le non-respect de la hiérarchie et de la déontologie administrative, dont le refus d’exécuter les recommandations des plus hautes autorités ; l’illégalité du mouvement, à Libreville comme à Port-Gentil, perturbant le bon déroulement de l’activité et ayant pour conséquence la perte de recettes.

Dans l’optique d’apaiser le climat social, avec le concours des plus hautes autorités, l’ensemble du personnel a perçu 3 mois de salaire en l’intervalle de 30 jours, du 27 juin au 30 juillet 2026, ce qui a permis d’inviter les agents à cesser le mouvement d’humeur et à reprendre le travail.

Sur instructions du président de la République, et sous la supervision du ministre d’État, ministre des Transports, de la Marine marchande et de la Logistique, une convention portant règlement définitif de la dette a été signée. Il s’agit du règlement de la période allant de décembre 2025 à avril 2026, soit 5 mois, et de la période de 2019 à 2023, soit 17 mois. J’ai pris la mesure de la « détresse sociale » qui frappe la compagnie. Le passif salarial accumulé entre 2019 et 2025 est une réalité que nous sommes en train de traiter.

En somme, la CNNII est à un tournant de son histoire. Les réformes engagées, la modernisation de notre outil de travail et la résorption du passif social sont les piliers de notre renaissance. À la lumière des avancées significatives enregistrées, nous sommes en mesure d’affirmer avec fierté que la CNNII a renoué avec sa dynamique de croissance et son rang de leader. Ainsi, grâce à la vision, la résilience, l’ambition et la détermination de la nouvelle équipe, à l’image de ce que nous rappelle souvent le ministre : « L’échec n’est pas une option ».

Propos recueillis par CM/MIM/FE/FSS/AGP

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