LIBREVILLE, 20 août 2026 (AGP) – Annoncée comme une réforme historique, la transformation de la Caisse des Pensions et des Prestations Familiales des agents de l’État (CPPF) en investisseur institutionnel vise à faire de cette structure un acteur majeur du financement de l’économie gabonaise, tout en sécurisant durablement le paiement des pensions, a expliqué la cadre administrative en charge de la qualité et de l’innovation, Pecke Amira, dans cet entretien consacré aux ambitions de la réforme, à son mécanisme de financement, aux garanties prévues pour préserver l’épargne des retraités ainsi qu’aux nouvelles perspectives offertes aux agents publics, a noté l’Agence gabonaise de presse.
AGP : Le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a annoncé devant le Congrès une réforme qualifiée d’historique : la transformation de la CPPF en véritable investisseur institutionnel. Quelle ambition poursuit ce nouveau modèle ?
Pecke Amira : C’est un changement radical de paradigme. La CPPF passe du rôle de simple guichet administratif et passif de gestion et de paiement des pensions à celui d’investisseur institutionnel de premier plan.
Cette transformation poursuit une double ambition. Premièrement, pérenniser le système de retraite en générant des rendements financiers réguliers afin d’assurer le paiement et la revalorisation future des pensions, sans peser davantage sur le budget de l’État.
Deuxièmement, il s’agit de financer l’essor national et des projets majeurs dans les infrastructures, la santé, l’éducation, entre autres, à l’aide de ressources publiques gabonaises, sans recourir systématiquement à des emprunts extérieurs. En devenant le premier acheteur public national des titres publics gabonais, la CPPF permettra à l’État de se financer « à la maison », ce qui devrait contribuer progressivement à la baisse des taux d’intérêt.
Comment la CPPF, dont l’équilibre financier reste historiquement précaire, va-t-elle financer ces investissements ?
La clé de voûte repose sur la monétisation des créances correspondant aux arriérés de cotisations dues à la CPPF par les employeurs assujettis.
Il s’agit de transformer une dette comptable historique, qui constitue aujourd’hui un actif dominant, en liquidités immédiates ou en titres, grâce aux mécanismes du marché financier régional de la CEMAC.
Les fonds issus de cette monétisation seront orientés, sous le contrôle du Comité de financement, présidé par le ministre de l’Économie et des Finances, et du Conseil d’administration, vers des secteurs à forte rentabilité financière et à fort impact social, notamment la santé, l’éducation, le logement social, les infrastructures génératrices de revenus, l’énergie et le numérique.
Ce basculement vers les marchés financiers ne présente-t-il pas des risques pour la sécurité des pensions ?
Le risque est encadré par une politique d’investissement prudente et une gouvernance qui se veut vertueuse. Il faut toutefois reconnaître que, sur le marché financier comme dans l’investissement direct dans les projets, le risque zéro n’existe pas.
Les actifs sur lesquels les fonds de la CPPF seront investis ne sont pas des éléments spéculatifs. Nous misons principalement sur les obligations émises par les États sur le marché de la CEMAC ainsi que sur des participations dans des partenariats public-privé (PPP) portant sur des projets rentables.
Qu’est-ce que les retraités et les agents publics en activité peuvent concrètement attendre de cette transformation ?
Pour le retraité de la CPPF, cette transformation doit permettre de pérenniser le système de retraite en générant des rendements financiers réguliers grâce au placement des fonds. Cela garantit que les pensions continueront d’être payées à long terme et pourront éventuellement être revalorisées périodiquement, sans dépendre uniquement du budget de l’État.
C’est la garantie que le pacte intergénérationnel repose désormais sur des actifs réels, solides et rentables.
Pour l’agent public en activité, ce changement signifie que ses cotisations actuelles ne restent plus inactives dans les livres de la dette publique, mais qu’elles contribuent, de manière vertueuse, à bâtir le pays. Cela lui apporte également la perspective de pensions futures sécurisées et revalorisées à terme, tout en participant au dynamisme économique actuel à travers la création d’emplois pour la jeunesse et le soutien aux PME locales.
Pouvez-vous rappeler les rôles et missions de la CPPF ?
Bien sûr. La Caisse des Pensions et des Prestations Familiales est un organisme de prévoyance sociale chargé de la gestion des prestations techniques des agents de l’État et de leurs ayants droit.
Cette mission comprend notamment le recouvrement des cotisations, le paiement des allocations familiales ainsi que le versement des pensions de retraite aux assurés ayant fait valoir leurs droits à la retraite.
Propos recueillis par MIM/EN/CBM/AGP











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