Société & Culture

“Que votre foi soit agissante”

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Lors de cette 4ème édition des Journées Nationales du Clergé Diocésain du Gabon, placée sous le thème : « Que notre foi soit agissante » (Jc 2,17), Mgr Ephrem Ndjoni a proposé une catéchèse dense et originale , profondément enracinée dans l’Écriture et tournée vers les exigences concrètes du ministère sacerdotal aujourd’hui.

L’évêque a d’abord rappelé le contexte de rédaction de la Lettre de saint Jacques. Écrite à des communautés chrétiennes dispersées, traversées par des tensions, des inégalités, des paroles abondantes mais parfois peu suivies d’effets, cette lettre apparaît comme un appel vigoureux à une foi incarnée. Saint Jacques ne s’oppose pas à la foi ; il refuse simplement une foi réduite à des affirmations, à des habitudes religieuses ou à des discours généreux qui ne transforment ni la vie personnelle ni la société.

Il a rappelé que, lorsque saint Jacques écrit : « La foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte » (Jc 2,17), il parle à des croyants qui connaissent Dieu, qui prient, qui fréquentent l’assemblée, mais qui risquent de dissocier leur relation au Seigneur de leur manière de vivre, de servir, de gouverner et d’aimer.

Épître de Jacques devient ainsi, selon lui, une interpellation particulièrement forte pour les prêtres du Gabon aujourd’hui. Dans notre ministère, nous pouvons facilement être tentés de nous contenter des mots : de belles homélies, des déclarations, des projets, des réunions, des intentions pastorales, des textes bien rédigés. Pourtant, la crédibilité de notre ministère ne se mesure pas d’abord à ce que nous disons, mais à ce que les fidèles et la société peuvent voir.

L’évêque a insisté : avoir la foi ne peut rester enfermé dans le cadre des mots. Une foi sacerdotale authentique doit produire des œuvres visibles : proximité avec les pauvres, présence auprès des jeunes, accompagnement des familles, défense de la justice, lutte contre les divisions, fidélité dans les petites tâches, courage dans les situations difficiles, simplicité de vie et disponibilité pastorale.

Il a souligné que le peuple gabonais attend encore des prêtres qu’ils soient des hommes qui rendent l’Évangile visible. Dans un contexte marqué par les fragilités sociales, le chômage des jeunes, les crises familiales, la perte des repères et parfois la défiance envers les institutions, le prêtre ne peut être seulement un homme de sacristie ou de parole. Il doit être un témoin, un artisan de fraternité, un homme capable de prendre des initiatives et d’ouvrir des chemins d’espérance.

Pour illustrer son propos, Mgr Ephrem Ndjoni a évoqué la mémoire des missionnaires qui ont évangélisé le Gabon. Ils n’ont pas seulement annoncé l’Évangile ; ils ont construit des écoles, des dispensaires, des routes, des paroisses, des œuvres sociales, des lieux de formation. Leur foi était agissante parce qu’elle se voyait. Elle transformait les territoires, les mentalités et les personnes.

Dans cette même ligne, il a rendu hommage à de nombreux prêtres gabonais qui, souvent dans la discrétion, continuent cette œuvre : ceux qui bâtissent des chapelles, fondent des écoles, accompagnent les vocations, visitent les malades, soutiennent les familles, ouvrent des centres de formation, défendent la dignité des plus pauvres ou portent, parfois seuls, des communautés entières avec fidélité et courage.

Il a alors invité chaque prêtre à se poser des questions simples mais décisives :

Quelles œuvres concrètes ma foi produit-elle ?

Que reste-t-il de mon passage dans une paroisse ou dans une mission ?

Les fidèles voient-ils en moi seulement un homme qui parle de Dieu, ou un homme qui laisse Dieu agir à travers lui ?

Ma foi rend-elle davantage d’espérance, de paix, de justice et de charité autour de moi ?

Selon lui, une Église qui parle beaucoup mais agit peu finit par perdre sa force prophétique. À l’inverse, une Église dont les prêtres vivent une foi active devient une lumière pour le pays.

L’évêque a également mis en garde contre certaines formes de stérilité pastorale : le repli sur soi, la recherche du confort, les rivalités entre confrères, l’esprit de carrière, les divisions, l’activisme sans prière ou encore une foi vécue uniquement dans le domaine liturgique sans retombée concrète dans la vie quotidienne.

Il a rappelé que la foi agissante ne signifie pas agitation permanente. Elle naît d’abord d’une rencontre réelle avec le Christ. C’est dans la prière, dans l’Eucharistie, dans la Parole de Dieu et dans la charité vécue que le prêtre reçoit la force d’agir. Sans cette union intérieure avec le Seigneur, les œuvres elles-mêmes risquent de devenir des performances humaines. La foi agissante n’est donc pas seulement une efficacité extérieure ; elle est une vie intérieure qui déborde en actes.

En conclusion, Mgr Ephrem Ndjoni a lancé un appel fraternel aux prêtres rassemblés à Franceville : que cette 4ème édition ne soit pas seulement un temps de rencontre et de réflexion, mais un nouveau départ. Que chacun reparte dans son diocèse avec la volonté de rendre sa foi plus visible, plus concrète, plus audacieuse. Car, a-t-il conclu, le Gabon n’a pas seulement besoin de prêtres qui parlent bien de Dieu ; il a besoin de prêtres dont la vie permet de voir Dieu à l’œuvre.”

Par Abbé Virgile BACKOUSSOU, prêtre de l’Archidiocèse de Libreville, membre du comité technique des JNCDG Franceville 2026

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