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Plus grand district de la province du Woleu-Ntem (Nord), Bolossoville a, à n'en point douter, mal à son développement. En effet, le district n'est alimenté ni en eau courante, ni en électricité publique, depuis des lustres. Encore moins d'un centre de santé équipé et approvisionné en médicaments.

Situé à une quarantaine de kilomètres au départ d'Oyem et à soixante de Minvoul, son chef-lieu départemental, Bolossoville, s'étire de part et d'autre de la route, sur près d'un kilomètre.

En traversant cette agglomération rurale, de nombreux bâtiments, dont beaucoup sont enfouis dans l'herbe, témoignent de son passé, bien meilleur que de nos jours.

Bolossoville présente aujourd'hui, de l'avis des personnes interrogées, un visage bien moins attrayant, un contraste total, affirment-ils, avec ce qu'il fût, il y a une cinquantaine d'années, bien avant son érection en district, en 1993.

Certes, le district s'est agrandi avec la construction de nouvelles habitations, un collègue d'enseignement secondaire (CES) y a même vu le jour il y a bientôt deux ans sous l'impulsion du ministre Francis Nkéa Ndzigue, alors en charge de l'Education nationale, mais tout cela ne serait que l'arbre qui cache la forêt, pour nombres de ses habitants. 

Dont Antoine Ella Mezui, secrétaire cantonale retraité, chef du village devenu. Assis à la devanture du petit troquet qu'il exploite à ses heures perdues, le septuagénaire ressasse, en notre compagnie, les souvenirs de ce qu'il considère comme les décennies de grâce de ses années d'homme adulte. «C'était la belle époque…», dit-il, dans un murmure, le regard lointain comme perdu dans un rêvé inachevé.

Vêtu d'une chemisette de type sahélien de couleur mauve et d'un pantalon noir, le cheveu rare, l'ai avenant, notre interlocuteur nous informe que dans les années 1964-1965, Bolossoville connaissait alors une activité économique non négligeable.

Le gouvernement gabonais, qui promouvait alors la culture du cacao en milieu rural, avait installé, via le ministère de l'Agriculture, l'entreprise BDPA à Bolossoville, à cet effet. Pour les besoins de ses plantations de cacao, l'entreprise employait la main d'œuvre locale, en majorité saisonnière toutefois. Lui même, nous confie-t-il, était chargé de la paie du personnel de la BDPA.

Ella Menie tutoie l'histoire. «A cette période le village vivait, c'est durant ces années-là que des ONG internationales française (Les volontaires du progrès) et américaine (Le corps de la paix), s'étaient installés ici et y ont construit à la fois l'Eglise et l'école protestantes, de même que l'infirmerie et le logement de l'infirmier. Parallèlement l'activité économique générait des revenus, donc de la richesse, tout en freinant, toute proportion gardée, l'exode rural», se souvient-il encore.

Bolossoville vivait, croyaient alors ses habitants, l'essor de son développement socio-économique, d'autant que le départ en 1979 de la BDPA et son remplacement en 1980 par la Sonadeci, ne changera rien à la situation du village, pas plus que le disparition de la Sonadeci en 1986.

Antoine Ella Mezui tutoie encore, fort à propos l'histoire, une fois encore. «Au moment du départ de la Sonadeci, les populations travaillaient encore dans les plantations cacaoyères, d'ailleurs avant son départ la Sonadeci venait de réaliser une plantation pilote de cacao de deux cent cinquante hectares, l'entretien de cette plantation sera assurée par la Socaga, car c'est elle qui s'installera ici après le départ de la Sonadeci. Malheureusement, la Socagab va plier bagages brusquement, sans explications en 1992, nous laissant dans le désarroi», fustige Ella Mezui, regrettant que la Société de cacao gabonaise (Socagab) s'en soit allée, laissant à l'abandon deux cents cinquante hectares de plantes de cacao, précisément au moment où devait commencer la récolte du cacao dans cette plantation.

C'est donc la fermeture de la Socagab qui mettra un terme à l'activité économique de Bolossoville, accentuant du coup l'exode rural et l'oisiveté.

Toutefois, l'absence d'adduction d'eau courante et l'alimentation en électricité publique se posaient déjà à cette époque, soutient, à son tour, Blaise Pascal Mengue Me N'na, le chef de regroupement de villages de Bolossoville.

«En 2005, nous avions cru avoir enfin de l'électricité publique, puisque le gouvernement nous l'avait promis et avait déjà fixé les poteaux électriques que vous voyez. On avait déjà également aménagé le site où devait être entreposés les deux groupes électrogènes promis. Malheureusement, le gouvernement n'a pas tenu sa parole, et jusqu'à ce jour notre situation n'a guère évolué. C'est la même chose pour l'eau, Bolossoville n'a pas bénéficié du programme d'hydraulique villageoise en eau. Nos regards sont désormais tournés vers une entreprise forestière que nous sollicitons pour des puits de forages», nous explique-t-il. Côté santé l'infirmerie manque toujours de médicaments.

En définitive, les habitants de Bolossoville sont encore dans l'attente du développement de leur district.

Ernest Mvie Mendame
 

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