LIBREVILLE, 9 mai 2026 (AGP)- Le docteur psychomotricienne, Safi Bissagou Ndziengui a présenté la psychomotricité, son importance et l’ambition de la Société gabonaise de psychomotricité, au cours d’une interview accordée à l’Agence gabonaise de presse.
AGP : Pouvez-vous expliquer concrètement ce qu’est la psychomotricité et quels types de patients peuvent bénéficier de cette prise en charge ?
Dr Safi Bissagou Ndziengui : ‹‹La psychomotricité est une discipline paramédicale qui s’adresse à tout le monde, du bébé à la personne âgée, dans le cadre de difficultés motrices, comportementales, relationnelles ou émotionnelles. La psychomotricité s’adresse aussi aux personnes porteuses d’un handicap (autisme, trisomie 21, trouble de l’attention, déficience intellectuelle, trouble de la coordination, aux victimes d’AVC, d’Alzheimer ou autres troubles). Son but est d’aider la personne à développer ses compétences motrices, à gagner en autonomie, à mieux gérer ses émotions, et à être plus épanouie dans sa vie sociale. Pour y arriver, le psychomotricien utilise divers outils adaptés à chacun : parcours psychomoteurs, relaxation, jeux, toucher thérapeutique, ou des activités artistiques et créatives. Tout est choisi en fonction des besoins et des envies du patient››.
Qu’est-ce qui vous a personnellement motivé à vous orienter vers la psychomotricité, une spécialité encore peu connue au Gabon ?
‹‹Mon parcours a été guidé par une histoire personnelle : celle de ma nièce, qui présente un trouble du spectre de l’autisme. Voir sa famille ne pas arriver à trouver comment l’aider, lui apporter les soins nécessaires et même trouver le bon diagnostic m’a profondément marquée. J’ai commencé à faire des recherches sur les métiers liés au handicap. J’ai toujours nourri la volonté d’apporter du réconfort et des réponses concrètes à ces personnes en situation d’handicap et à leurs familles. La psychomotricité m’est apparue comme une évidence. C’est un métier profondément humain, qui demande une grande créativité, tout en gardant la rigueur médicale. Aujourd’hui, mon regard s’est encore élargi. L’handicap a peut-être été ma porte d’entrée, mais je sais maintenant que la psychomotricité ne se limite pas au handicap››
Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels la psychomotricité fait face au Gabon, aussi bien sur le plan de la reconnaissance que de la formation ?
‹‹Le premier défi auquel nous devons faire face est le manque de visibilité. Le grand public et parfois même le corps médical ne perçoivent pas encore ce que nous faisons concrètement. Notre discipline est souvent confondue à la kinésithérapie ou à la psychologie. Beaucoup d’étudiants, par exemple, hésitent à s’orienter par crainte de ne pas trouver de réels débouchés. Ensuite, le manque de postes de psychomotriciens dans le secteur public rend les soins difficilement accessibles pour les personnes aux revenus modestes. Enfin, il reste à structurer un cadre professionnel afin de protéger le titre de psychomotricien et garantir la qualité de sa pratique et lutter contre l’exercice illégal de la psychomotricité au Gabon››.
Avec la création de la Société gabonaise de psychomotricité, quelles sont les ambitions que vous portez pour le développement de cette discipline dans le pays ?
‹‹Avec la création de la SGP, nos ambitions sont de bâtir une communauté forte de professionnels afin de créer un espace d’échanges pour améliorer nos pratiques. Nous envisageons de multiplier les actions de sensibilisation pour le grand public, les professionnels de santé, d’éducation, et d’encadrer la formation universitaire en accompagnant les futures promotions de psychomotriciens gabonais. Nous espérons, par nos actions, augmenter l’accessibilité de la prise en charge en psychomotricité sur tout le territoire gabonais››.
Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes étudiants gabonais qui pourraient être intéressés par cette filière désormais accessible à l’Université des sciences de la santé ?
‹‹Je dirais aux étudiants que la psychomotricité est un métier d’avenir au Gabon. Mais c’est avant tout un métier que l’on exerce par passion. Il demande beaucoup de patience et d’empathie au quotidien”.
JPMM/JM/FE/AGP










Commentaires