LIBREVILLE, 29 juin 2026 (AGP) – Alors que l’hémicycle Léon Mba s’apprête à clôturer sa première session parlementaire ce mardi 30 juin, le député de la Diaspora gabonaise de la circonscription Europe- Ameriques-Asie, Rostan Mickaël Engonga a répondu aux questions de l’Agence gabonaise de presse et a adressé un bilan de cette expérience.
Agence gabonaise de presse : Pour la première fois de son histoire, l’Assemblée nationale gabonaise compte deux sièges dédiés à la Diaspora. Au terme de cette première session parlementaire, comment avez-vous vécu cette expérience inédite en tant que représentant des gabonais de votre circonscription ?
Rostan Mickaël Engonga : “D’abord, c’est un immense honneur pour moi d’être pionnier en la matière. Comme tous les pionniers, il y a une nécessité de réajuster l’organisation et le fonctionnement de la circonscription et je m’y attèle au quotidien. C’est également une grande responsabilité que d’être la voix de mes compatriotes auprès du Gouvernement et des institutions gabonaises. Pour la première fois, la Diaspora dispose d’une voix directe à l’Assemblée Nationale. J’ai vécu cette première session avec beaucoup d’humilité, mais aussi avec la volonté de démontrer que les gabonais de l’étranger sont une composante essentielle de la Nation et que leurs préoccupations doivent pleinement être prises en compte dans les politiques publiques.”
Votre circonscription couvre plusieurs continents, alors que les travaux parlementaires se déroulent à Libreville. Comment avez-vous concilié vos obligations parlementaires et l’écoute de la diaspora ?
“Je suis un député pleinement impliqué dans le travail parlementaire à Libreville, je fais un travail conséquent et abondant dans la fabrication de la loi. J’ai été rapporteur pour plusieurs textes importants comme : la loi sur la nationalisation des postes de Directeurs généraux d’établissements bancaires et financiers, la loi sur l’organisation de l’Autorité de Régulation des Transports Ferroviaires (ARTF) ; par ailleurs j’ai présidé la Commission sur le nouveau Code de la nationalité de la République gabonaise. Sachant que nous avons un siège électoral qui a la particularité d’être à la fois éclaté (4 continents) et éloigné de Libreville, vous comprenez la difficulté d’organisation qui peut se présenter. Toutefois, je privilégie une présence permanente dans la circonscription grâce aux outils numériques (Facebook, WhatsApp, etc.), aux échanges réguliers avec les associations de gabonais, les délégués communautaires et nos représentations diplomatiques. Être à Libreville ne signifie pas être éloigné de la Diaspora, j’y fais le travail pour lequel j’ai été élu : créer un nouveau cadre législatif en lien avec les nouvelles ambitions de notre pays. L’idéal serait d’avoir des assistants parlementaires dans l’ensemble de la circonscription pour servir de relais efficaces sur le terrain, mais cela nécessiterait plus de moyens financiers alloués aux sièges de la Diaspora.”
Quels enseignements tirez-vous de cette première session et de vos premiers mois de mandat au service de la diaspora ?
“Cette première session m’a conforté dans une conviction : les gabonais de l’étranger attendent des résultats concrets. J’ai également mesuré l’importance du dialogue avec les institutions, de la nécessité de concertation avec l’ensemble des acteurs et leaders d’opinion de la Diaspora. En effet, le rôle de la Diaspora doit être davantage expliqué aux acteurs politiques locaux, pour faire comprendre la chance pour le Gabon d’avoir à l’étranger des compatriotes d’une si grande qualité et capables d’apporter une expertise qui s’additionnera à celle qu’on peut trouver localement. Vous avez compris, les défis sont nombreux, les perspectives sont tout aussi encourageantes.”
Lors de votre campagne électorale en novembre dernier, vous aviez présenté un projet ambitieux en faveur de la Diaspora. À ce jour, quels engagements ont commencé à se concrétiser ?
“Nous travaillons sur plusieurs chantiers. L’engagement le plus avancé est celui relatif au Haut Commissariat des Gabonais de l’Étranger. Un important travail de concertation et de préparation a déjà été engagé avec le Ministère des Affaires Étrangères, afin de doter notre diaspora d’un cadre institutionnel de représentation et de participation durable à la vie nationale.
Nous travaillons également sur l’idée que tous les concours nationaux de la fonction publique s’organisent également dans la Diaspora. Sur la présence à l’étranger des bureaux du Pôle National de Promotion de l’Emploi (PNPE), en vue de rapprocher les gabonais de l’étranger du marché de l’emploi local et favoriser leur retour organisé.”
Où en est-on avec le projet de création du Haut Conseil des Gabonais de l’étranger et quelles sont ses principales missions ?
“Le projet est en cours de finalisation. Il vise à créer une institution consultative capable de représenter les différentes communautés gabonaises à l’étranger, de faire remonter leurs préoccupations et de contribuer aux politiques publiques touchant la Diaspora, notamment dans les domaines économique, social, culturel et administratif. Le Haut Commissariat sera un interlocuteur privilégié aussi bien pour l’élu que je suis, que pour toutes les autorités gabonaises.”
Quelles sont les principales préoccupations de la diaspora ?
“Les préoccupations sont nombreuses. Celles qui reviennent souvent tournent autour de l’accès à la propriété depuis l’étranger, l’organisation d’un retour organisé pour celles et ceux qui veulent rentrer définitivement au Gabon, l’amélioration des services consulaires, de l’accès aux documents administratifs, de l’état civil, de la protection des droits des gabonais à l’étranger, ainsi que de la volonté de mieux participer au développement économique du Gabon.”
Avez-vous déjà soumis ou soutenu des propositions, motions ou initiatives à l’assemblée nationale des initiatives en faveur de la Diaspora? Si oui, lesquels?
“Oui. C’est le sens du travail de concertation mené en lien avec le Ministère des Affaires Étrangères sur la création et l’organisation du Haut Commissariat des Gabonais de l’Étranger. Par ailleurs, je travaille à établir des partenariats avec des établissements financiers, en vue d’apporter des solutions de financement pour des projets immobiliers des gabonais de l’étranger. J’ai donc pris part aux travaux parlementaires en veillant à intégrer la dimension Diaspora dans toutes les réflexions menées à l’Assemblée Nationale, croyez moi c’est pas une tâche facile. Parallèlement, j’ai engagé des consultations qui permettront de soutenir plusieurs initiatives législatives et institutionnelles au cours des prochaines sessions.”
La question de l’accès aux documents administratifs, à l’état civil et aux services consulaires demeure une préoccupation récurrente de la diaspora. Quelles solutions préconisez-vous pour améliorer ces services?
“Je pense qu’il faut accélérer la modernisation de l’administration consulaire, développer davantage les procédures numériques, renforcer les moyens des postes diplomatiques et rapprocher les services administratifs des usagers afin de réduire les délais et les difficultés rencontrées. La solution réside pour l’essentiel dans la digitalisation.”
Plusieurs compatriotes souhaitent contribuer davantage au développement économique du Gabon. Quels mécanismes envisagez-vous pour encourager les investissements et le transfert des compétences de la Diaspora vers le Gabon ?
“La Diaspora représente un formidable levier de développement. Il faut mettre en place un cadre juridique attractif, faciliter les investissements, sécuriser les projets, créer des mécanismes d’accompagnement et surtout valoriser le transfert des compétences vers notre pays. Il faut dire que sur cette question, le Président de la République, Chef de l’État, Chef du Gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, a initié il y a quelques temps un fonds d’un milliard de fcfa pour accompagner les gabonais de l’étranger qui portent des projets pour le Gabon. Toutes les modalités d’utilisation de ce fonds méritent d’être précisées.”
La représentation Parlementaire de la diaspora est encore récente. Quels ajustements institutionnels ou législatifs seraient nécessaires pour renforcer son efficacité ?
“Il conviendrait progressivement de renforcer les moyens d’action des députés de la Diaspora, d’améliorer les mécanismes de concertation avec les communautés à l’étranger et d’institutionnaliser davantage leur participation à l’élaboration des politiques publiques. Le Président de la République, Chef de l’État, Chef du Gouvernement, dans sa grande clairvoyance, a créé les deux sièges des gabonais de l’étranger. Il revient maintenant à tous les collaborateurs du Président de tout mettre en œuvre pour que cette vision politique se transforme en action concrète pour la Diaspora.
Le député doit être au cœur de toutes les initiatives prises pour les gabonais de l’étranger.”
Comment évaluez-vous votre collaboration avec le gouvernement et les représentations diplomatiques ?
“Je salue l’esprit d’ouverture qui caractérise nos échanges. Cette collaboration est essentielle et mérite d’être encore renforcée afin d’apporter des réponses plus rapides et plus efficaces aux préoccupations des gabonais établis à l’étranger. Nous pouvons tout de même regretter quelques résistances de certaines officines qui ne veulent pas que la Diaspora soit organisée au niveau institutionnel, parce qu’elle représente un fonds de commerce pour beaucoup.”
Quels seront vos grands chantiers au cours de la prochaine session parlementaire ?
“Mes priorités porteront sur l’aboutissement du projet du Haut Commissariat des Gabonais de l’Étranger, la facilitation des mécanismes d’accès à la propriété depuis l’étranger, l’amélioration des services consulaires avec la digitalisation, le renforcement des droits de la Diaspora au niveau institutionnel, ainsi que la promotion de son rôle dans les investissements et le développement national.”
Quelle place la Diaspora doit-elle occuper dans le Gabon en construction et dans la dynamique de développement impulsée par les autorités du pays ?
“La Diaspora doit être considérée comme un partenaire stratégique. Par ses compétences, son expertise, son expérience internationale et sa capacité d’investissement. Elle peut contribuer de manière significative à la modernisation du Gabon. À l’évidence, la Diaspora ne doit plus être perçue comme une périphérie, mais comme une force pleinement intégrée au développement national.”
Votre message de fin aux Gabonaises et aux Gabonais établis en Europe, dans les Amériques et en Asie ?
“Je voudrais leur exprimer ma profonde gratitude pour leur confiance. Leur dire que je suis pleinement engagé à améliorer aussi bien la perception que la condition de la Diaspora au niveau institutionnel. Siéger à l’Assemblée Nationale au Gabon pendant la durée de la session parlementaire n’est pas à considérer comme une absence dans la circonscription ; bien au contraire je suis pleinement engagé dans le travail pour lequel j’ai été élu : construire un cadre législatif favorable aux gabonais de l’étranger.
Enfin, j’invite mes compatriotes de la Diaspora à rester unis, solidaires et engagés pour notre pays. Je continuerai à porter leur voix avec détermination, dans un esprit de dialogue, de responsabilité et d’intérêt général. Ensemble, nous construirons une Diaspora plus forte au service d’un Gabon plus prospère.”
Propos recueillis par TYM/FSS/EN/AGP










Commentaires