LIBREVILLE, 1er novembre 2026 (AGP) – Suite à la rencontre entre le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema et une délégation de l’ex-parti au pouvoir, le Parti démocratique gabonais (PDG), le vendredi dernier au palais Rénovation à Libreville, le Dr Yvan Comlan Owoula Bossou, Enseignant-Chercheur, spécialiste en relations internationales, des affaires politiques, gouvernance, paix, sécurité et cohésion sociale, a indiqué dimanche, au cours d’un entretien accordé à notre Rédaction, que cette rencontre s’incrit, d’une part, dans la démarche d’inclusivité d’ouverture dans 5ème République, crédo du chef de l’Etat, et d’autre part, revèle l’expression par le PDG d’une fracture consommée avec Ali Bongo Ondimba. Lecture.
Agence Gabonaise de Presse – Le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema a reçu le vendredi 30 octobre 2026, une délégation de l’ex-parti au pouvoir, le parti démocratique gabonais. En tant que spécialiste des questions politiques, comment avez-vous acceuilli cette actualité?
Dr Yvan Comlan Owoula Bossou : “Au sens des responsabilités, il convient de noter que le Chef de l’Etat s’inscrit dans une logique d’inclusivité. Riche de son expérience du passé auprès de ceux qui l’ont précédé, ne pas faire acte d’ouverture témoignerait d’une faute grave dans un contexte où le Gabon sous la Ve République prétend n’exclure personne. Je dirai qu’en tant que citoyen, le principe de gouvernance éclairée voudrait que le Chef de l’Etat accepte de recevoir, de répondre à une sollicitation afin de comprendre les logiques qui s’imposent à sa pratique du pouvoir, à la gestion des hommes, mais encore plus à la qualité de ses rapports avec un parti politique dont on ne peut raisonnablement faire fi de son empreinte dans le paysage politique national, tout ceci à court, moyen et long terme. En fait, je n’y ai vu qu’une expression de la pratique du pouvoir. Sachant raison gardée, je m’intéresse surtout au contenu et aux débouchées de cette rencontre car, c’est ce qui implique surtout le Gabonais dans sa plus grande majorité, et non à la rencontre elle-même”.
Selon la présidence de la République, cette rencontre s’est articulée autour de trois principales préoccupations, exprimer la reconnaissance du PDG au Chef de l’Etat, lui soumettre ses doléances et réaffirmer son engagement à accompagner sa vision pour le développement du Gabon. Mais cette rencontre fait l’objet d’une grande controverse dans l’opinion, dans la mesure où certains l’apprécient tandis que d’autres auteurs la critique, disent que la réception d’une formation politique au Palais présidentiel ne devrait pas conduire à confondre l’exercice des fonctions de Chef de l’État avec la promotion des activités internes d’un parti. Quelle est votre réaction face à cette controverse ?
“Je pense que le jeu politique suggère qu’un acteur, quel qu’il soit, cherche à demeurer, et ce, par les actions qu’il aura lui-même trouvé légitimes. Dans ce pays nous avons bien vu des retournements de vestes etc., l’opinion n’en a réellement jamais été autant émue. La réalité est qu’aujourd’hui le PDG est dans une situation de crise de reconnaissance. Et, afin de marquer le terrain, il faudrait chercher légitimité et adhésion auprès et autour de l’homme qui fait consensus global, aussi au niveau national, qu’à l’international. A ce sujet, j’ajoute que sous d’autres cieux, un autre président aurait purement et simplement dissout ce parti de ce genre. Mais, cela n’a pas été la démarche du président Oligui Nguema, conscient des enjeux qu’une telle action représenterait pour la stabilité et les équilibres sociopolitiques dans notre pays. Ne serait-ce qu’à ce titre, la faction PDG qui a été reçue devrait bien témoigner sa gratitude au chef de l’Etat. Par ailleurs, la question relative aux doléances et à l’accompagnement de la vision de développement pose problème à mon sens. En effet, on peut y voir une manœuvre qui consiste à désavouer l’ancienne formation et à clairement exprimer le fait que sous Ali Bongo Ondimba, il y avait déjà fracture consommée. Mais c’est au peuple de rester vigilent. Raison pour laquelle, c’est le contenu de cette rencontre qui devrait nous intéresser. Dans cette logique, je comprends parfaitement la controverse que cette affaire soulève dès lors qu’il serait difficile d’accorder du crédit à cette approche du fait que pendant plusieurs décennies de règne quasi absolue du PDG, le développement ait été surtout déclamatoire et non pratique ni palpable. La responsabilité ici, est de mon point de vue, celle du peuple gabonais, garant de la légitimité du président Brice Clotaire Oligui Nguema, et seul devant qui ce monsieur doit rendre des comptes.”
Avec la situation actuelle de l’ex-parti au pouvoir qui révèle l’existence de deux tendances, celle de Blaise Louembé portée à la tête de cette formation politique à l’issue d’un congrès extraordinaire en janvier 2025, et celle d’Ali Bongo Ondimba qui se reclament toujours comme étant le président de ce parti. Comment voyez-vous l’avenir de cette formation politique ?
“L’avenir du PDG dépend, pour ma part, de deux facteurs. Le premier étant la lucidité du peuple gabonais et sa capacité à réellement faire l’exercice de changement de mentalités pour lequel nous avons majoritairement salué la rupture le 30 août 2023. Le second est la capacité des acteurs des multiples PDG à finalement trouver un compromis. Et je n’exclus pas cette éventualité car les velléités et les appétits des uns et des autres ne devraient pas se placer au-dessus du parti. Sur cette question, je dirai simplement in fine, que le temps s’apprécie à partir du mouvement, des transformations, et donc du changement. Le Gabon tient une opportunité de tourner une page de son histoire pour en écrire une plus glorieuse, alors faisons le travail.”
Propos recueillis par SN/EN/FSS/AGP













Commentaires