LIBREVILLE, 27 octobre 2026 (AGP) – La Société du patrimoine des infrastructures numériques (SPIN) entend étendre et sécuriser le réseau national de fibre optique en s’appuyant sur un partenariat public-privé (PPP), a indiqué son directeur général, Bertrand Mahoukou Bitchinda qui est également revenu sur la mutualisation des infrastructures avec les pays voisins à travers le GIE, dans un entretien accordé à l’Agence gabonaise de presse.
AGP : Pouvez-vous présenter les missions de la SPIN, les infrastructures dont elle a la charge et les enjeux liés à leur développement ?
Bertrand Mahoukou Bitchinda : Notre intervention lors de cette masterclass, organisée en marge de la Gabon Digital Week, visait à présenter la Société du patrimoine des infrastructures numériques (SPIN), ses missions et sa stratégie aux niveaux national et international. Il s’agissait également de clarifier son positionnement auprès des participants, notamment des start-up et des entreprises.
Nous sommes, en quelque sorte, le « magasinier » de l’État, c’est-à-dire le gestionnaire du patrimoine public des infrastructures numériques.
Sur le plan maritime, nous disposons d’une filiale chargée de la gestion de l’atterrissement du câble sous-marin à fibre optique ACE (Africa Coast to Europe), qui relie l’Afrique à l’Europe en traversant plusieurs pays.
Au niveau national, nous exploitons un réseau dorsal de fibre optique, appelé « backbone », qui part de Libreville, longe le chemin de fer Transgabonais jusqu’à Franceville, puis se prolonge vers Bakoumba et Makokou, avec une interconnexion vers le Congo. À partir de Booué, le réseau remonte vers le Cameroun en passant par Koumamayong. Ces infrastructures permettent au Gabon de disposer d’interconnexions physiques avec le Cameroun, la Guinée équatoriale et le Congo.
Le développement de ces infrastructures répond à des besoins croissants en capacité de transmission. Les grands comptes et les opérateurs de gros ont besoin de transporter des volumes importants de données, ce que les faisceaux hertziens traditionnels ne permettent pas toujours de faire efficacement. La fibre optique est donc essentielle pour accompagner l’évolution des usages numériques. Internet étant devenu un service indispensable, la maîtrise de ces infrastructures constitue également un enjeu de souveraineté numérique.
Le réseau actuel présente encore des insuffisances en matière de couverture et de sécurisation. Comment comptez-vous y remédier, notamment sur le plan financier ?
Nous disposons actuellement d’environ 2 000 km de fibre optique déployés, mais deux des neuf provinces que compte le Gabon ne sont pas encore connectées. Le réseau doit également être davantage maillé afin de renforcer sa résilience.
En cas de coupure sur un tronçon stratégique, notamment à Booué, plusieurs provinces situées en aval, comme l’Ogooué-Ivindo, l’Ogooué-Lolo et le Haut-Ogooué, peuvent se retrouver isolées. Il est donc nécessaire de mettre en place des boucles de sécurisation pour garantir la continuité du service.
Pour relever ce défi sans accentuer la pression sur les finances publiques, déjà sollicitées dans des secteurs prioritaires tels que la santé, l’éducation et le logement, nous avons créé la société Gabon Fiber dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP). L’État, à travers la SPIN, y détient une participation minoritaire, estimée entre 10 et 20 %.
Cette structure doit permettre de mobiliser des financements auprès de bailleurs et de prêteurs internationaux afin de construire environ 2 000 km de fibre optique supplémentaires. Les extensions envisagées concernent notamment les tronçons Lambaréné-Mouila-Tchibanga-Iboundji, Lastourville-Moanda-Bakoumba-Konda-Makokou, Okondja-Ovan et Rabi-Port-Gentil.
La SPIN a, à cet effet, signé avec Gabon Fiber une convention de délégation de 15 ans portant sur l’exploitation du réseau existant et de ses futures extensions.
Au-delà de l’extension du réseau national, vous envisagez une mutualisation des infrastructures avec les pays voisins à travers un Groupement d’intérêt économique (GIE). Quel est le principe de ce mécanisme et quels bénéfices en attendez-vous ?
Le GIE est un modèle économique qui vise à regrouper les structures et les opérateurs propriétaires des réseaux dorsaux de fibre optique des pays voisins afin de faciliter les échanges de données à l’échelle sous-régionale.
Malgré l’existence d’interconnexions physiques entre les différents pays, le trafic transfrontalier reste faible. Cette situation s’explique notamment par la complexité des mécanismes de redevances et les coûts associés aux échanges de capacité, auxquels s’ajoutent parfois des préoccupations liées à la souveraineté des infrastructures.
Le GIE permettra de mutualiser les réseaux et de définir une clé de répartition des revenus issus de la commercialisation des capacités de transmission. Chaque opérateur membre pourra ainsi percevoir des recettes susceptibles d’être réinvesties dans le financement, l’entretien et le développement de ses infrastructures nationales.
L’objectif est de valoriser les infrastructures existantes, de faciliter la circulation des données entre les pays de la sous-région et de créer un modèle économique favorisant le développement de nouvelles capacités de transmission.
Propos recueillis par MIM/CBM/AGP














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