LIBREVILLE, 16 octobre 2026 (AGP) – Dans une interview exclusive accordée à l’Agence gabonaise de presse (AGP) ce vendredi à Libreville, le ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, Edgard Moukoumbi, nouvellement en fonction, s’est plié aux questions d’actualité de son département ministériel. Lecture.
AGP : Monsieur le ministre, comment envisagez-vous de restaurer la confiance des Gabonais envers la police nationale, et quelles mesures spécifiques seront mises en place pour encourager la transparence et l’exemplarité au sein des forces de l’ordre ?
Edgard Moukoumbi : “Merci pour cette question d’intérêt. Le grand défi auquel nous sommes confrontés est avant tout un changement de mentalité. Tout ce que nous entreprenons sera difficile si chaque citoyen ne prend pas conscience que la période actuelle implique la participation et la responsabilité de tous.
Les policiers sont des êtres humains à part entière. Il y a d’abord la pédagogie, la formation, puis, après sensibilisation, la sanction. Il convient de rappeler fermement à nos agents le sens de leur engagement. La restauration de la dignité et de la fierté du peuple gabonais passe par l’exemplarité de chaque agent public, qu’il soit enseignant, infirmier ou policier. Nous devons faire évoluer nos pratiques et nous remettre au travail avec rigueur. J’appelle nos forces de défense et de sécurité à être exemplaires : elles doivent appliquer la loi en restant strictement dans son cadre, sans débordements.
En cas d’abus ou d’injustice, les citoyens doivent pouvoir saisir l’Inspection générale de la police pour dénoncer ces agissements. Nous étudions également la mise en place d’un mécanisme d’alerte, tel qu’un numéro d’appel dédié. En indiquant le lieu et l’heure de l’événement, nous pourrons identifier les agents déployés dans la zone concernée, examiner les comportements en interne et appliquer des sanctions appropriées, notamment en cas de récidive.”
Sur la question de la décentralisation, que comptez-vous faire ?
“Prenant tout juste mes fonctions, je n’ai pas encore effectué le tour de l’ensemble des services ni rencontré toutes les équipes opérationnelles. Toutefois, plusieurs projets de textes de loi figurant dans mes dossiers de prise en main ont été transmis. Notre objectif est de les faire aboutir et de les appliquer conformément aux engagements pris lors du Dialogue national et des récents conclaves sur la décentralisation.
L’urgence réside dans l’autonomisation des collectivités locales afin qu’elles puissent s’organiser efficacement. Cela passe par le transfert effectif des compétences ainsi que des moyens nécessaires. Cet accompagnement de l’administration centrale vers les conseils municipaux et départementaux se fera de manière progressive et structurée pour leur permettre d’exercer pleinement leurs nouvelles prérogatives.”
Face à la montée des activités criminelles et du trafic, quelles actions concrètes le gouvernement prévoit-il pour démanteler les réseaux mafieux et assurer un environnement sécurisé pour tous les citoyens ?
“Comme pour tout enjeu majeur, tout repose d’abord sur la volonté politique. Le gouvernement est déterminé : dans la nuit du 13 au 14 octobre 2026, une opération d’envergure a permis la saisie d’une importante quantité de produits illicites et l’interpellation de plusieurs clandestins ainsi que de leurs relais locaux au niveau des débarcadères, et nous comptons toujours agir dans ce sens.”
La question de la sécurité aux frontières est cruciale. Quelles sont les stratégies que vous comptez mettre en œuvre pour renforcer la surveillance et contrôler les flux migratoires ?
“Notre façade maritime fait de toute la zone côtière une zone sensible qu’il convient de sécuriser en renforçant les moyens de surveillance pour stopper les entrées clandestines.
Au-delà des frontières, un travail d’identification doit être mené à l’intérieur du pays. Le Gabon a besoin des Gabonais comme des expatriés qui apportent leur force de travail pour construire le pays ; nous devons continuer à les accueillir dignement. En revanche, ceux qui constituent une menace pour la sécurité publique, entraînent la jeunesse dans la délinquance et fragilisent notre vivre-ensemble seront traités dans le cadre rigoureux de la loi. Nous nous concerterons avec les ambassades établies sur le territoire pour convenir des procédures applicables après présentation des faits.
Il ne s’agit pas d’une chasse aux sorcières, mais du respect de la souveraineté et de l’État de droit. Le Gabon ne saurait devenir une passoire pour le grand banditisme. Nous allons ajuster les textes et intensifier la lutte contre le crime organisé en traquant et en démantelant les réseaux mafieux, qu’ils opèrent depuis l’étranger ou sur le sol national.”
Propos recueillis par LKM/TYM/FE/FSS/AGP












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