Si l’on doit expliquer la République par une métaphore, celle de l’Agora paraît de loin la mieux adaptée. Dans la République, les idées se choquent et s’entrechoquent. Chacun y va de son opinion, peu importe ses origines ethnique et tribale, son statut social ou le cursus scolaire. La République, c’est chacun sa religion, son idéologie et sa philosophie. Pour autant, la cité républicaine n’est pas la cour du roi Pétaud et surtout pas une foire d’empoigne.
Comparer la République à
l’Agora, c’est signifier qu’elle est un espace commun. Tous les fils de la Nation doivent pouvoir y circuler et opiner librement. Dans toute vraie République, les différences basées sur l’idéologie, la classe sociale ou le profil intellectuel ne priment pas. Athé ou croyant, chacun peut se faire son opinion, avec la garantie d’être écouté. En d’autres termes, la République donne la possibilité a tous d’exprimer leurs convictions. A condition, toutefois, que ces convictions ne froissent pas la morale publique.
Car, la République ne peut pas seulement tolérer mais elle doit surtout encadrer. Dans une République normale, on ne dit pas n’importe quoi, n’importe comment, et l’on ne s’attaque pas à n’importe qui, n’importe où. Elle n’est ni une cour de récréation, ni un panier de crabes. Tout au contraire, l’esprit républicain est fondamentalement attaché à la notion de l’ordre. Il vise la quiétude de tous. Cette nuance confère une mission essentielle à la République : sanctionner les écarts de comportement qui menacent sa structure et son équilibre.
Comme pour dire que toute République bien constituée sacralise ses normes. Elle doit bannir aussi bien l’anarchie que les abus de pouvoir. Face à ceux qui menacent le vivre ensemble, elle doit systématiquement brandir la loi. Ni favorable aux uns, ni malveillante pour les autres, elle doit le faire sans parti pris et dans l’intérêt de tous. Avec rigueur et exemplarité. À l’image d’une figure paternelle, elle doit châtier pour corriger, et non forcément pour briser. Renoncer à cette mission revient pour elle à se compromettre et à préparer sa propre déchéance.
In fine, la notoriété de la République se mesure dans sa capacité à ne pas transiger avec le vice. Sa crédibilité dépend de l’importance qu’elle accorde à la loi et surtout de la vigilance de ses magistrats. Car si les politiques peuvent parfois tricher avec le bon sens, les juges, eux, ne doivent jamais cesser de veiller. C’est eux les gardiens de la République.
Par Michel Ndong Esso, Enseignant de philosophie, analyste politique et consultant










Commentaires