Je viens humblement vous présenter une réflexion consacrée aux enjeux et perspectives économiques de l’Ogooué-Ivindo, une province qui constitue l’un des grands réservoirs de richesses naturelles du Gabon, mais qui demeure confrontée à des défis importants en matière de développement économique et social. L’objectif de cette présentation n’est pas seulement de dresser un état des lieux. Il s’agit surtout d’ouvrir une réflexion collective sur une question essentielle :
Comment transformer les immenses potentialités naturelles de l’Ogooué-Ivindo en véritables opportunités économiques, créatrices d’emplois, de revenus et de bien-être pour les populations ?
L’Ogooué-Ivindo possède des atouts exceptionnels. Elle est une province de ressources, une terre d’opportunités et un espace stratégique pour l’avenir économique du Gabon.
Elle dispose d’un patrimoine naturel remarquable reposant principalement sur trois grands piliers :
• L’agriculture, notamment les filières café et cacao ;
• Les ressources minières, particulièrement le fer de Bélinga ;
• L’exploitation forestière, avec un massif forestier parmi les plus importants du pays.
Cependant, force est de constater que la richesse naturelle d’un territoire ne garantit pas automatiquement son développement. L’histoire économique de nombreuses régions nous enseigne que la transformation des ressources en prospérité dépend avant tout de la capacité à investir dans les infrastructures, les compétences humaines, la transformation locale et la gouvernance économique.
L’agriculture : reconstruire une vocation historique
L’Ogooué-Ivindo possède une longue tradition agricole. Pendant plusieurs décennies, elle figurait parmi les principaux bassins producteurs de café et de cacao du Gabon.
Au cours des années 1960 et 1970, la province occupait une place importante dans la production nationale. Le Gabon a même enregistré un niveau historique de production atteignant environ 17 000 tonnes de cacao en 1975.
Mais cette dynamique s’est progressivement affaiblie à partir des années 1980 sous l’effet de plusieurs facteurs : l’exode rural, le vieillissement des producteurs, la diminution des investissements agricoles et l’attractivité croissante du secteur pétrolier.
Aujourd’hui, la question n’est donc pas seulement de relancer la production agricole, mais de reconstruire une véritable économie rurale.
Les initiatives publiques engagées, notamment la réhabilitation des plantations et les programmes d’accompagnement des jeunes agriculteurs comme le programme JECCA, montrent qu’une nouvelle dynamique est possible.
Les résultats récents sont encourageants. Les ventes issues de la filière café-cacao sont passées d’environ 36 millions de FCFA en 2023 à 162 millions de FCFA en 2024.
Mais pour aller plus loin, plusieurs défis doivent être relevés :
• Améliorer l’accès au financement agricole ;
• Développer la mécanisation ;
• Réhabiliter les pistes rurales ;
• Encourager la transformation locale du cacao et du café ;
• Attirer davantage les jeunes vers l’agriculture.
L’enjeu majeur est de passer d’une agriculture de subsistance à une agriculture moderne, productive et créatrice de valeur ajoutée.
Le secteur minier : faire de Bélinga un moteur de développement régional
La deuxième grande opportunité économique de l’Ogooué-Ivindo repose sur son potentiel minier exceptionnel.
Le gisement de fer de Bélinga constitue l’un des plus grands projets miniers du continent africain.
Avec des réserves estimées à environ un milliard de tonnes de minerai de fer, une teneur moyenne comprise entre 60 et 65 %, et un potentiel d’investissement supérieur à 10 milliards de dollars américains, Bélinga représente une opportunité historique pour la province et pour le Gabon.
Mais l’exploitation minière ne doit pas être analysée uniquement sous l’angle de l’extraction du minerai.
La véritable question est :
Comment faire en sorte que la richesse minière bénéficie durablement aux populations locales ?
Cela suppose :
• La création d’emplois locaux ;
• Le développement des compétences des jeunes Ogivins ;
• L’amélioration des infrastructures routières et ferroviaires ;
• L’installation d’activités industrielles autour de la mine ;
• Le développement des entreprises locales capables d’accompagner le secteur minier.
Par ailleurs, la province doit renforcer la lutte contre l’exploitation minière illégale, notamment l’orpaillage clandestin, qui entraîne la dégradation des écosystèmes, la pollution des cours d’eau et des pertes importantes de recettes publiques.
Le développement minier doit donc être un développement responsable, conciliant croissance économique et protection environnementale.
La forêt : passer de l’exploitation du bois à une véritable industrie forestière
L’Ogooué-Ivindo est également une grande province forestière.
Avec une couverture forestière estimée entre 80 et 90 % de son territoire, elle possède un patrimoine naturel exceptionnel.
La province contribue de manière significative à la production forestière nationale, avec une production annuelle pouvant atteindre près d’un million de mètres cubes de bois.
Le secteur forestier représente un important potentiel économique :
• Création d’emplois directs et indirects ;
• Contribution aux exportations ;
• Développement des activités industrielles.
Toutefois, un défi majeur demeure : celui de la transformation locale.
Pendant longtemps, l’Afrique a exporté principalement ses matières premières pour importer ensuite les produits transformés. Aujourd’hui, l’enjeu est de changer ce modèle.
L’Ogooué-Ivindo doit progressivement devenir un territoire où le bois est :
• Exploité durablement ;
• Transformé localement ;
• Valorisé à travers des industries créatrices d’emplois.
La lutte contre l’exploitation illégale, la traçabilité du bois et la préservation des écosystèmes doivent accompagner cette transformation.
Le défi social : transformer la richesse économique en progrès humain
Derrière les ressources naturelles, il y a une réalité humaine.
Malgré son potentiel économique, l’Ogooué-Ivindo reste confrontée à plusieurs difficultés sociales :
• Un niveau de pauvreté encore préoccupant ;
• Un chômage important, particulièrement chez les jeunes ;
• Un accès limité aux services de santé ;
• Des insuffisances dans les infrastructures scolaires et routières ;
• Un enclavement de plusieurs zones rurales.
Ces difficultés rappellent une évidence : le développement économique n’a de sens que lorsqu’il améliore concrètement les conditions de vie des populations.
Ainsi, les politiques publiques doivent placer l’humain au centre de la stratégie de développement.
Investir dans l’Ogooué-Ivindo, c’est investir dans :
• La formation des jeunes ;
• La santé ;
• L’éducation ;
• Les infrastructures ;
• L’innovation ;
• L’entrepreneuriat local.
Les perspectives économiques : construire l’Ogooué-Ivindo de demain
L’avenir économique de notre province repose sur une vision intégrée autour de plusieurs axes stratégiques.
Premièrement, la modernisation des infrastructures.
Sans routes, sans énergie suffisante et sans moyens de communication modernes, aucune économie locale ne peut pleinement se développer.
Deuxièmement, la diversification économique.
La province ne doit pas dépendre uniquement de l’exploitation des ressources naturelles. Elle doit développer également :
• L’agro-industrie ;
• Le tourisme écologique ;
• Les petites et moyennes entreprises ;
• Les services numériques.
Troisièmement, la transformation locale des ressources.
Notre ambition doit être de produire davantage, mais surtout de transformer davantage sur place.
Quatrièmement, la valorisation du capital humain.
La jeunesse ogivine doit être considérée comme une force économique. Elle doit bénéficier de formations adaptées aux secteurs porteurs : agriculture moderne, mines, industrie forestière, numérique et entrepreneuriat.
Enfin, cinquièmement, la gouvernance durable des ressources naturelles.
Le développement de demain doit être un développement équilibré, qui crée de la richesse tout en protégeant notre environnement.
L’Ogooué-Ivindo n’est pas une province pauvre. Elle est une province riche dont le potentiel reste encore largement sous-exploité. Ses terres agricoles, ses ressources minières, son patrimoine forestier et surtout sa jeunesse constituent des fondations solides pour construire une économie plus dynamique et plus inclusive. Le véritable défi n’est donc plus de savoir si l’Ogooué-Ivindo possède des richesses. La question essentielle est :
Sommes-nous capables de transformer ces richesses en opportunités pour nos populations ?
La réponse dépendra de notre capacité collective à unir les efforts de l’État, des collectivités locales, du secteur privé, des chercheurs, des investisseurs et des citoyens.
Ensemble, nous pouvons faire de l’Ogooué-Ivindo non seulement une province de ressources naturelles, mais une véritable province de création de valeur, d’innovation et de prospérité.
Par Dr Rodrigue Ndeghano, économiste et chercheur originaire de la province de l’Ogooué-Ivindo













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