LIBREVILLE, 24 octobre 2026 (AGP) – Le Gabon entend accélérer sa transformation numérique et renforcer son positionnement en Afrique à travers la première édition de la « Gabon Digital Week », prévue du 26 au 30 octobre à Libreville, dont le ministre de l’Économie numérique, de la Digitalisation, de l’Innovation et des Nouvelles Technologies, Mark-Alexandre Doumba, présente, dans un entretien accordé à l’Agence gabonaise de presse, les enjeux et les perspectives pour le développement numérique national.
Comment faites-vous du numérique un levier transversal pour moderniser l’État et booster la croissance économique ?
Mark-Alexandre Doumba : « Le numérique est transversal par nature. Nous travaillons donc avec mes collègues ministres pour digitaliser les permis de conduire, la gestion des ressources humaines, les paiements et le recouvrement des recettes publiques, mais aussi l’identité numérique et les actes d’état civil. Nous travaillons également avec le secteur du tourisme pour promouvoir notre destination grâce au numérique. »
Quels sont les grands objectifs et les ambitions de la Semaine du numérique à Libreville ?
« Nous sommes heureux et fiers d’accueillir l’Union africaine au Gabon pour le Conseil des ministres africains chargés de l’Économie numérique. Nous avons également proposé d’organiser le “Road to Doha”, pour permettre aux pays africains de se retrouver à Libreville et d’harmoniser leurs positions sur des sujets importants comme la connectivité, l’intelligence artificielle, la régulation des réseaux sociaux, l’Internet satellitaire et la monétisation des contenus créés par les jeunes Africains. »
De quelle manière cette initiative va-t-elle positionner le Gabon comme un hub technologique attractif pour les investisseurs ?
« Tout part de la volonté du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui a fait du numérique un sujet important. C’est un président jeune et dynamique, qui utilise les technologies pour communiquer. Il sait que le numérique est un canal de communication, un outil de diplomatie, de productivité et de travail.
C’est cette vision que, moi, en tant que ministre de l’Économie numérique, je dois concrétiser sur le terrain. Notre ambition est de faire de Libreville la capitale africaine du numérique.
Nous aurons tous les experts de l’Union africaine réunis à cet événement pour travailler sur les questions de réglementation que j’ai évoquées. À l’issue des travaux, nous aurons la Déclaration de Libreville, qui va reprendre les résolutions adoptées par les pays africains et servir de référence pour guider la feuille de route de l’Union africaine à l’horizon 2063. »
Quels sont vos projets phares pour étendre le haut débit, renforcer la fibre optique et baisser les coûts de connexion ?
« Concernant la fibre optique, cela faisait dix ans qu’il n’y avait pas eu de déploiement. Nous avons donc décidé d’en faire une priorité, en travaillant avec la SPIN et Gabon Télécom, notre partenaire stratégique, dans le cadre de Gabon Fiber. Cela nous a permis de développer 196 kilomètres de fibre optique et de raccorder récemment Lambaréné, Fougamou et Mouila, dans la Ngounié, une province qui était jusque-là exclue du réseau.
Pour améliorer le débit, nous continuons à faire pression sur les opérateurs afin qu’ils investissent davantage dans la qualité de leurs réseaux. Les besoins des clients sont encore loin d’être pleinement satisfaits. Nous avons d’ailleurs une annonce importante à faire lundi concernant un saut technologique. »
Quelles actions menez-vous pour réduire la fracture numérique à l’intérieur du pays et former la population ?
« Aujourd’hui, plus de 200 villages ne sont pas encore connectés à Internet. Certains comptent seulement 20 ou 30 habitants. Installer un pylône pour si peu de personnes n’est pas toujours rentable, mais nous avons l’obligation de leur donner accès au numérique. C’est notamment pour cela que nous mettons en place le Fonds du service universel.
Avec les progrès de l’Internet satellitaire, nous allons également autoriser, dans les prochains mois, des prestataires comme Starlink et Eutelsat à contribuer à la couverture de ces zones, plutôt que de devoir déployer systématiquement de la fibre optique.
Pour la formation, nous devons continuer à améliorer nos établissements, notamment l’INPTIC, l’IAI et l’Université du Numérique. Nous avons des étudiants talentueux, et j’ai eu l’occasion de les rencontrer et d’échanger avec eux. Je suis convaincu que les Gabonais ont les compétences nécessaires pour faire la différence. Il faut les identifier, les accompagner et aussi mobiliser les Gabonais de la diaspora pour qu’ils participent à la construction de notre économie numérique. »
Concernant la Semaine du numérique, d’autres invités sont-ils prévus ?
« Oui. En plus des délégations de l’Union africaine, nous accueillerons le MIT, une référence américaine dans les domaines de la technologie et de l’innovation. Nous aurons également la GSMA, l’association mondiale des opérateurs de téléphonie, qui a réalisé depuis avril un diagnostic de l’économie numérique gabonaise.
Le 29 octobre, elle présentera ses conclusions sur nos forces, nos faiblesses, nos défis et nos opportunités. Cette séance sera ouverte aux Gabonais afin qu’ils puissent s’approprier les résultats de cette étude.
Nous aurons aussi des entrepreneurs locaux, des dirigeants d’entreprise et différentes personnalités qui animeront des masterclass. L’objectif est d’inspirer les jeunes, de leur donner confiance et de leur montrer qu’ils peuvent réussir. »
Quel message adressez-vous à la jeunesse et quel sera l’impact concret de cet événement pour le citoyen au quotidien ?
« Je me considère encore comme jeune. J’ai la chance d’être membre du gouvernement, mais je ressens aussi la responsabilité de faire en sorte que les actions que nous menons aient un impact concret sur les citoyens.
La jeunesse représente l’avenir du pays, mais cet avenir dépend aussi de nous : responsables publics, entrepreneurs, femmes et hommes d’affaires, enseignants. Nous devons donner aux jeunes le temps et les moyens d’apprendre et de s’épanouir.
Mon message est simple : apprenez, n’ayez pas peur d’oser, prenez des risques et, surtout, croyez en vous. C’est le plus important. »
Propos recueillis par JMK/MIM/CBM/AGP














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