Le secteur de la construction au Gabon ne se contente plus de panser ses plaies ; il dessine désormais les contours d’une souveraineté immobilière et urbaine retrouvée. Pour un architecte, observer l’évolution de nos cités revient d’abord à analyser la viabilité des matériaux qui les composent. Si l’horizon de nos villes se transforme, c’est au prix d’une audace politique qui a su convertir la contrainte inflationniste en opportunité de réforme structurelle.
Un itinéraire de résilience
Le chemin parcouru depuis le choc de 2021 est éloquent. Le pays sort d’un cycle de « précarité bâtisseuse » où les fluctuations mondiales dictaient le prix des ambitions architecturales. Le fer Ø12 culminant à 9 500 FCFA symbolisait une inflation importée paralysant les chantiers et contraignant les concepteurs à des compromis techniques risqués.
L’année 2024 a amorcé la convalescence avec l’Arrêté 012/24, ramenant le sac de ciment à 4 500 FCFA. Mais c’est l’offensive de ce début 2026 qui transforme l’essai : en supprimant les taxes et la TVA sur les intrants essentiels, le Gouvernement de la Ve République procède à une véritable redistribution de la valeur ajoutée en faveur du citoyen et de l’aménagement du territoire.
Urbanisme stratégique et réalité sociale
L’expertise technique démontre que la baisse du coût des intrants produit un effet multiplicateur sur la qualité du cadre de vie.
Pour les promoteurs immobiliers et l’urbanisme stratégique, cette exonération fiscale totale agit comme un accélérateur de croissance. En neutralisant la TVA sur l’acier, le ciment et les agrégats, l’État sécurise les marges des opérateurs. Pour l’expert en urbanisme, c’est l’occasion de relancer des programmes de logements sociaux et bioclimatiques de grande envergure, jusque‑là freinés par l’incertitude des cours. Le Gabon devient ainsi l’un des marchés du BTP les plus attractifs de la sous‑région, où le risque financier est désormais amorti par la protection étatique.
Pour les particuliers en auto‑construction, l’impact est une véritable victoire sur la vie chère. Bâtir « à la sueur de son front » redevient un projet réalisable et sécurisé. Avec une économie directe d’environ 15 % sur le gros œuvre — grâce à la baisse combinée du fer et du godet de sable de près de 10 000 FCFA — le rêve de la pierre cesse d’être une épreuve de force pour redevenir un droit accessible.
Cependant, la fiscalité n’est qu’un levier. Le succès de cette politique repose sur la rigueur de son exécution sous l’égide des nouvelles institutions. La Brigade mixte et le Numéro Vert 8085 constituent les piliers de cette confiance retrouvée. Ils garantissent que chaque franc consenti par l’État pour soutenir les intrants parvienne effectivement au pied du chantier, dans le respect des cahiers des charges techniques et sans compromis sur la qualité des matériaux.
Vers une nation de propriétaires et de bâtisseurs conscients
En ce mois de mars 2026, l’héritage de la Mercuriale de 2024 s’est mué en une doctrine de réalisation pérenne. La suppression des taxes sur les matériaux de construction n’est pas un simple cadeau fiscal : c’est un investissement dans la dignité et la durabilité du bâti national sous la Ve République.
En abaissant les barrières à l’édification des foyers, le Gabon ne construit pas seulement des maisons ; il consolide les fondations d’une classe moyenne robuste, capable d’investir dans un habitat durable et de qualité. L’ère des promesses s’efface devant celle de la réalisation.
* Jovanie Sonie NDONG SONGO, Architecte‑expert en projets bioclimatiques et urbanisme stratégique










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