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Gabon/Suspension des réseaux sociaux : un premier pas vers une régulation plus stricte

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Le Président de la HAC, Germain Ngoyo Moussavou.

LIBREVILLE, 3 mars 2026 (AGP) – Le 17 février dernier, la Haute autorité de la communication (HAC) a décidé de suspendre temporairement l’accès aux réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire gabonais. Si cette mesure, vivement contestée par de nombreux Gabonais, est justifiée par ses initiateurs par la montée des propos diffamatoires et haineux, un autre argument est également avancé : créer les conditions d’un dialogue avec les acteurs du numérique afin d’améliorer la modération des contenus sur ces plateformes. Décryptage.

Selon le président de la HAC, Germain Ngoyo Moussavou, la propagation de fausses informations, les discours de division et le tribalisme, entre autres, polluaient chaque jour davantage le cyberespace gabonais.

Bien que présentée comme nécessaire à l’assainissement de l’environnement numérique, cette décision n’a pas manqué de susciter des controverses. Certains y voient une atteinte à la liberté d’expression, garantie par l’article 14 de la Constitution gabonaise. À ce sujet, Germain Ngoyo Moussavou affirme : «Nous n’avons pas du tout violé l’article 14 de la Loi fondamentale », précisant que la liberté d’expression, bien qu’étant un droit fondamental, ne saurait s’exercer au détriment de l’ordre public et de la dignité des citoyens. Il rappelle que la Constitution protège ces valeurs et que les droits et libertés doivent s’exercer dans le respect des lois nationales et internationales.

Les responsables de la HAC estiment que leur décision s’inscrit dans le cadre légal défini par la loi n° 014/2023, notamment en son article 3, qui confère à l’institution la mission de régulation des médias numériques, au même titre que les supports traditionnels. Toutefois, la mesure inquiète plus d’un observateur, en raison de l’impact économique considérable des réseaux sociaux, notamment dans les domaines des ventes en ligne, des réservations et autres activités génératrices de revenus pour de nombreuses familles gabonaises. La décision a d’ailleurs conduit certains citoyens à saisir la Cour constitutionnelle.

Si ce recours traduit le fonctionnement normal des mécanismes démocratiques, permettant de contester une décision publique, l’autorité de régulation affirme pour sa part avoir agi dans le strict respect des procédures légales et en toute transparence.

Au-delà de la suspension, les autorités mettent en avant la volonté d’améliorer durablement la régulation des réseaux sociaux. Le gouvernement a récemment examiné trois projets d’ordonnances, dont l’un porte spécifiquement sur la réglementation de l’usage des plateformes numériques. Ce texte, qui pourrait marquer une évolution majeure dans l’encadrement des médias numériques au Gabon, vise à répondre à la problématique croissante des désordres informationnels. Selon le président de la HAC, « il y avait beaucoup de faiblesses juridiques » entravant l’action de l’institution, mais les nouvelles ordonnances permettraient désormais un encadrement plus strict des contenus diffusés.

La levée de la mesure de suspension dépendra ainsi de la finalisation du dispositif juridique en cours et de la mise en place de mécanismes de régulation jugés plus efficaces.

L’annonce d’une visite prochaine d’une délégation de la plateforme TikTok au Gabon constitue, selon les autorités, une première étape concrète dans ce processus. Le dialogue avec les plateformes numériques devrait permettre de définir des stratégies de modération adaptées au contexte national et conformes aux lois en vigueur.

À terme, cette démarche vise, selon ses promoteurs, à assainir l’espace numérique national, en instaurant un cadre de régulation plus structuré, conciliant liberté d’expression et préservation de l’ordre public, dans le respect des valeurs nationales et internationales.

JM/EN/FSS/AGP

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