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Gabon : les discours clivants sur les réseaux sociaux fragilisent la cohésion nationale, des voix appellent à plus de fermeté

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LIBREVILLE, 19 février 2026 (AGP) – Au Gabon, la multiplication de publications attisant les clivages ethniques, politiques et religieux sur les réseaux sociaux suscite une vive inquiétude. Au-delà de la mesure de suspension décidée par la Haute Autorité de la Communication (HAC), plusieurs acteurs de la société appellent l’État à faire preuve de fermeté afin de préserver la cohésion nationale. Décryptage.

Les réseaux sociaux, devenus des espaces d’expression privilégiés, sont aujourd’hui au cœur d’une controverse nationale. De nombreuses publications à caractère ethnique, politique et religieux y sont diffusées, alimentant tensions et divisions au sein de la société gabonaise.

Ces contenus, souvent accompagnés de propos diffamatoires, d’accusations non vérifiées et d’appels à la stigmatisation, sont jugés par plusieurs observateurs comme une menace directe au vivre-ensemble. Ils contribuent, selon eux, à fragiliser la cohésion nationale et à installer un climat de méfiance entre communautés.

Dans un récent communiqué, la HAC a dénoncé «des dérives graves qui mettent en péril la paix sociale et portent atteinte aux valeurs fondamentales de la République ». Pour cette institution, « la liberté d’expression, garantie par les textes, ne saurait servir de prétexte à la propagation de discours haineux ou à la manipulation de l’opinion publique ».

Intervenant sur la même question, un sociologue qui a souhaité garder l’anonymat a estimé que «les discours identitaires et les polarisations politiques exacerbées en ligne peuvent avoir des répercussions concrètes dans la vie réelle, en cristallisant les frustrations et en accentuant les fractures sociales ».

De son côté, Jean Claude Mboumba, membre d’une organisation de la société civile engagée dans la promotion de la paix a condamné «des pratiques irresponsables d’activistes qui instrumentalisent les réseaux sociaux pour semer la division ». Selon lui, « la suspension des plateformes jusqu’à nouvel ordre constitue une mesure conservatoire, mais elle doit s’accompagner de poursuites judiciaires contre les auteurs de contenus manifestement illégaux».

Plusieurs intervenants appellent ainsi l’État à aller au-delà des mesures restrictives temporaires. Ils plaident pour l’application rigoureuse des lois existantes en matière de cybercriminalité, de diffamation et de protection des données personnelles, ainsi que pour un renforcement des mécanismes de veille et de régulation du cyberespace.

Fabien Essono, un juriste contacté par l’AGP souligne que «la fermeté de l’État doit s’exercer dans le strict respect de l’État de droit, afin de sanctionner les abus sans compromettre les libertés fondamentales». Il insiste également sur la nécessité d’intensifier les campagnes de sensibilisation à l’usage responsable des outils numériques.

À l’heure où le numérique façonne les dynamiques sociales et politiques, la préservation de la cohésion nationale apparaît comme un impératif partagé. Entre exigence de fermeté et pédagogie citoyenne, le défi pour les autorités gabonaises demeure de restaurer un climat apaisé, garant du vivre-ensemble et de la stabilité du pays.

RL/EN/FSS/AGP

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