LIBREVILLE, 5 février 2026 (AGP) – Suite à la rencontre du 16 janvier 2026 entre le Président de la République, Chef de l’État et du Gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, et l’Association Professionnelle des Établissements de Crédit du Gabon (APEC), au cours de laquelle a été présenté le Plan FAST – destiné à financer, accompagner, soutenir et transformer l’économie gabonaise –, le président de l’APEC, Dimitri Ndjebi, détaille dans un entretien exclusif accordé à notre rédaction la contribution du secteur bancaire à ce cadre stratégique, dont l’objectif est d’accélérer la croissance, de renforcer la souveraineté économique et d’améliorer durablement le bien-être des populations.
AGP: Quel rôle concret l’APEC et ses établissements membres entendent ils jouer dans la mise en œuvre du plan FAST porté par les autorités gabonaises ?
Dimitri Ndjebi : Avant de répondre, je souhaite donner à vos lecteurs une brève présentation du Plan FAST, qui vise à Financer, Accompagner, Soutenir et Transformer l’économie. Le Plan FAST est le cadre stratégique de la transformation structurelle de l’économie gabonaise visant à accélérer la croissance, renforcer la souveraineté économique et améliorer durablement le bien-être des populations. Il repose sur une approche pragmatique orientée vers les résultats et articulée autour de réformes structurelles, d’investissements ciblés et d’une mobilisation accrue du secteur privé.
Le président de la République, chef de l’Etat, chef du Gouvernement Brice Clotaire Oligui Nguema l’a présenté le 16 janvier 2026 aux acteurs du secteur bancaire. La contribution de l’APEC peut se faire dans la mobilisation des ressources et le financement des projets structurants.
Quelles synergies l’APEC envisage-t-elle de développer avec le gouvernement afin d’assurer une cohérence optimale entre les priorités du plan FAST et les politiques de financement bancaire ?
Pour développer des synergies efficaces avec le Gouvernement et assurer l’alignement du Plan FAST avec le financement bancaire, l’APEC entend collaborer étroitement avec plusieurs ministères clés. Avec le Ministère de l’Économie et des Finances, l’objectif est de gérer efficacement la dette et la liquidité, notamment par l’accélération du règlement de la dette intérieure via le nouveau Club de Libreville et la domiciliation des recettes d’exportation, tout en identifiant conjointement les leviers favorisant l’inclusion bancaire, le financement des PME et le soutien aux secteurs stratégiques. Avec le Ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Logement, la coopération portera sur le développement du financement immobilier à travers la sécurisation du foncier, la modernisation du cadastre et la simplification digitale des procédures d’obtention des titres fonciers, afin de réduire les délais et renforcer la transparence, tout en promouvant des partenariats public-privé pour les projets de logements abordables. Avec le Ministère de la Justice, l’objectif sera de travailler en harmonie afin d’améliorer les délais de traitement des contentieux bancaires et commerciaux, à promouvoir les modes alternatifs de règlement des différends (médiation, arbitrage), à lutter contre la fraude documentaire et les pratiques illicites affectant la sécurité des opérations financières, et à encadrer les saisies et les montants de dommages et intérêts pour limiter la fuite des dépôts et sécuriser les crédits.
Une régulation concertée permettra d’harmoniser les règles de financement, garantissant ainsi une cohérence entre les politiques publiques et les pratiques bancaires. Dans l’ensemble, l’APEC entend instaurer une coopération étroite avec le Gouvernement afin que le Plan FAST devienne un levier concret de transformation économique, en assurant une articulation optimale entre les politiques publiques et les financements bancaires.
Quels mécanismes de financement innovants les banques gabonaises projettent-elles de mettre en place pour soutenir les projets structurants et à fort impact économique ?
Pour financer les projets d’infrastructures lourds (routes, énergie, ports etc.) les banques peuvent mettre en commun leurs ressources par la mise en place, de plus en plus, des financements syndiqués. Les banques peuvent également envisager des émissions d’obligations adossées à des projets spécifiques d’investissements permettant de mobiliser l’épargne locale et sous régionale pour financer directement des projets. L’utilisation des Fintech et des plateformes numériques pour élargir l’accès au crédit serait également vulgarisé. En somme, toutes les banques Gabonaises veulent devenir des catalyseurs de transformation en mobilisant des instruments financiers modernes et adaptés, capables de soutenir des projets structurants tout en sécurisant le système bancaire.
Quels secteurs stratégiques les établissements de crédit comptent-ils accompagner en priorité dans le cadre du plan FAST (infrastructures, agriculture, industrie, numérique, PME, etc.) ?
Les Etablissements de Crédit, membres de l’APEC comptent, dans le cadre du Plan FAST être présentes dans le financement des Infrastructures, de l’Agriculture et l’agro-industrie, de l’industrie dans son ensemble et le financement des PME et de l’entrepreneuriat qui, du reste, sont les piliers identifiés par le Plan FAST pour transformer durablement notre économie et sortir du modèle extractif.
Comment l’APEC entend-elle faciliter l’accès au crédit pour les PME et les très petites entreprises, souvent confrontées à des conditions de financement jugées contraignantes ?
L’APEC entend faciliter l’accès au crédit pour les PME en mobilisant plusieurs leviers complémentaires : le recours accru aux mécanismes de garantie et de partage des risques pour sécuriser les prêts via la Société Gabonaise de Garantie, la réforme du crédit-bail afin de rendre ce mode de financement plus accessible et mieux adapté aux PME. Nous rappelons également que l’État a créé la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon (BCEG), qui vient compléter le financement des PME aux côtés des autres établissements bancaires. Sa mission est de faciliter l’accès au crédit pour les entrepreneurs et les PME gabonaises, grâce à un capital initial de 17 milliards de FCFA et à la mobilisation d’un fonds public d’environ 25 milliards de FCFA. Par ailleurs, la mise en production prochaine du Bureau d’information du Crédit (BIC), en collaboration avec la BEAC, devrait également encourager la prise de risque sur les PME. En ce qui concerne les TPE, ce marché reste prioritairement dédié aux institutions de microfinance, spécialisées dans ce segment.
Quelles actions concrètes sont prévues pour renforcer l’inclusion financière, notamment en faveur des jeunes, des femmes entrepreneures et des acteurs du secteur informel ?
La Stratégie Nationale d’Inclusion Financière (SNIF) du Gabon, validée par le dernier Comité National Economique et Financier en décembre 2025 et prochainement adoptée par le Gouvernement, s’aligne sur le cadre régional de la BEAC et les standards internationaux de la Banque mondiale. Les banques participeront activement à cette stratégie en développant pour les jeunes de moins de 25 ans des comptes simplifiés et mobiles, en renforçant l’éducation financière et numérique, et en proposant des produits d’épargne et de micro-crédit accessibles.
Pour les femmes entrepreneures, l’accent sera mis sur l’accès au crédit facilité par des garanties, des évaluations basées sur les flux de trésorerie et un accompagnement complet (conseil, formation, mentorat), avec des comptes à frais réduits. L’inclusion du secteur informel s’appuiera sur la digitalisation via des comptes basiques, les solutions de paiement électronique, la micro-épargne et la micro-assurance, accompagnés de sensibilisation et le suivi de proximité.
De plus, le Gouvernement Gabonais positionne la transformation numérique, à travers le programme « Gabon Digital », comme la pierre angulaire d’une stratégie ambitieuse d’inclusion financière. Cette approche vise à articuler l’amélioration des infrastructures numériques et des services publics avec le développement de services financiers accessibles, permettant ainsi aux établissements membres de l’APEC de concevoir et de déployer des produits financiers inclusifs, disponibles sur l’ensemble du territoire national.
Quel est aujourd’hui l’état du partenariat entre l’Etat gabonais et les institutions bancaires nationales, et en quoi le Plan FAST pourrait-il contribuer à le consolider durablement ?
Le Partenariat, entre l’Etat Gabonais et les banques se portent relativement bien aujourd’hui grâce notamment à des rencontres fréquentes entre les Pouvoirs Publics et les membres de l’APEC. Avec le Plan FAST, le partenariat devrait se consolider grâce au règlement de la dette intérieure qui libèrera la liquidité pour permettre aux banques de financer de nouveaux projets et à la mise en place du Club de Libreville ; à la formalisation d’un cadre de dialogue régulier entre l’Etat et les banques ; à l’orientation vers l’économie réelle car, les financements bancaires seront orientés vers des secteurs stratégiques (infrastructures, agriculture, industrie, etc.) assurant ainsi une cohérence entre les politiques publiques et les pratiques bancaires.
Il convient néanmoins de retenir quelques points de vigilance que sont :
La transparence : le succès du Plan dépendra de la capacité de l’Etat à respecter également ses engagements financiers ; La durabilité : les banques devront équilibrer leur rôle de catalyseur économique avec la nécessité de préserver la stabilité du système bancaire.
Le Plan FAST est un nouveau pacte de confiance entre l’État gabonais et les banques nationales. En apurant la dette, en orientant les financements vers l’économie réelle et en innovant dans les mécanismes de crédit, ce plan devrait consolider durablement ce partenariat et transformer les banques en véritables moteurs de développement.
Le plan FAST prévoit il des dispositifs spécifiques de partage des risques entre l’état et les banques afin de favoriser le financement de projets innovants ou de long terme ?
Pour l’heure, nous n’avons pas de dispositifs précis de partage des risques entre l’Etat et les banques, mais nous pouvons imaginer quelques pistes de partage de risques qui peuvent être : le renforcement des capacités de Garantie de la Société de Garantie du Gabon (SGG) ; le Co-financement Etat- Banque des projets stratégiques ; le renforcement du partenariat Public-Privé ; les lignes de crédit bonifiées par la subvention partielle des taux d’intérêt par l’Etat pour les projets jugés stratégiques ; le mécanisme de liquidité et de stabilisation par lequel l’Etat s’engage à accélérer le règlement de la dette intérieure afin de libérer de la liquidité au système bancaire ; l’amélioration des traitements des contentieux bancaires et notamment ceux relatifs au recouvrement des créances et à l’exécution des garanties.
Quelles mesures de suivi, d’évaluation et de transparence seront mises en œuvre pour garantir la bonne utilisation des financements mobilisés, y compris dans le cadre de partenariats et de coopérations internationale ?
Afin de garantir que les financements mobilisés soient utilisés efficacement et conformément aux objectifs fixés et de renforcer la confiance entre l’Etat, les banques et les acteurs économiques, on pourrait envisager des mécanismes de suivi, d’évaluation et de transparence qui sont : La mise en place des comités de pilotage conjoints ; La définition d’indicateurs de performance ; La publication régulière des rapports sur l’état d’avancement des projets financés ; Le partage d’informations avec les partenaires économiques etc.
Comment l’APEC évalue-t-elle l’environnement des affaires au Gabon aujourd’hui, et quelles réformes structurelles seraient, selon vous, nécessaires pour améliorer l’attractivité bancaire et financière du pays ?
Depuis le 30 Aout 2023, l’APEC évalue l’environnement des affaires au Gabon comme étant en transition : il existe des opportunités réelles liées au Plan FAST et à la volonté politique de relancer l’économie, mais aussi des contraintes structurelles qui freinent l’attractivité bancaire et financière. Ainsi, l’APEC considère que l’environnement des affaires au Gabon est promoteur mais encore contraint. Les réformes structurelles nécessaires portent sur : l’apurement de la dette intérieure ; la simplification des actes administratifs ; la sécurisation des transactions financières ; la protection des droits contractuels ; la régulation de saisies arrêts à l’origine des fuites de dépôts des banques ; l’amélioration des traitements des contentieux bancaires et commerciaux en particulier ceux relatifs au recouvrement de créances et à l’exécution des garanties ; la simplification et la digitalisation des procédures d’obtention de titres fonciers etc.
Quel message souhaitez-vous adresser aux investisseurs nationaux et internationaux concernant l’engagement du secteur bancaire gabonais dans la réussite du plan FAST ?
Aux investisseurs nationaux et internationaux, nous disons ceci : le Gabon est ouvert, ambitieux et déterminé à construire son avenir économique. Le secteur bancaire gabonais, à travers les membres de l’APEC est pleinement mobilisé pour soutenir cette ambition. Ensemble, nous pouvons transformer les opportunités en réussites tangibles et bâtir une économie diversifiée, compétitive et durable.
Propos recueillis par CM-CBM/WM/AGP.











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