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Gabon/ZLECAf : « La zone de libre‑échange doit être une réalité économique pour nos entrepreneurs », dixit Benjamin E. Oma

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LIBREVILLE, 15 septembre 2026 (AGP) – Au terme d’un atelier de quatre jours consacré à l’opérationnalisation de la ZLECAf, l’Ambassadeur des affaires de la CEEAC, Benjamin Evita Owono, analyse, dans cet entretien, les enjeux de l’intégration commerciale en Afrique centrale, les défis des PME et les leviers à activer pour leur permettre de tirer pleinement parti du marché continental.

AGP : Monsieur, vous venez de participer à la clôture d’un atelier de quatre jours consacré à la ZLECAf. Quels en étaient les principaux objectifs ?

Benjamin Évita Owono : L’objectif était de rapprocher la Zone de libre‑échange continentale africaine des opérateurs économiques, en particulier des petites et moyennes entreprises (PME), afin qu’ils comprennent concrètement les mécanismes et les opportunités qu’offre le marché unique africain. Il ne suffit pas de parler de libre‑échange : il faut donner aux producteurs et aux entrepreneurs les outils nécessaires pour accéder effectivement aux différents marchés du continent.

Nous avons également insisté sur la nécessité de mieux connaître notre capacité de production. Il est essentiel de savoir ce que nous produisons en Afrique centrale, dans quelles quantités et à quelles conditions, afin de mutualiser cette offre et répondre à la demande des autres marchés africains. Le manioc, le piment, la tomate, le gombo et bien d’autres produits peuvent constituer une véritable force commerciale pour notre sous‑région.

Quels sont les principaux obstacles qui freinent encore les PME d’Afrique centrale ?

Le premier obstacle reste le financement. Nos PME éprouvent de grandes difficultés à accéder au crédit, notamment en raison du niveau élevé des taux d’intérêt et de conditions de remboursement qui ne correspondent pas toujours aux réalités des entreprises. Lorsqu’une PME doit emprunter à des taux pouvant atteindre 25 à 30 %, il devient très difficile pour elle d’être compétitive.

Il est donc nécessaire de mettre en place des mécanismes de financement adaptés aux réalités des entrepreneurs africains, particulièrement dans les secteurs agricole, industriel et commercial. Nous avons besoin de banques d’investissement et d’instruments financiers capables d’accompagner la production sur le moyen et le long terme.

Comment permettre aux PME de tirer pleinement profit de la ZLECAf ?

Il faut d’abord mieux les organiser. Une PME isolée rencontre souvent des difficultés pour accéder aux marchés, aux financements et aux partenariats. Nous devons développer des réseaux, des plateformes de concertation et des coopératives capables de regrouper les producteurs, afin de présenter une offre suffisamment importante, régulière et compétitive.

Le Secrétariat de la ZLECAf doit également être davantage aux côtés des acteurs économiques. Il faut travailler « au coude‑à‑coude » avec les entrepreneurs, les mettre en relation avec les institutions financières, les banques de développement et les partenaires techniques, notamment le PNUD. C’est ainsi que les engagements pris pourront se traduire en opportunités économiques concrètes.

Quelle place l’Afrique centrale peut‑elle occuper dans le marché continental ?

L’Afrique centrale dispose d’importantes ressources et de nombreuses potentialités, mais nous devons davantage commercer entre nous. Il est paradoxal que certaines matières premières disponibles en Afrique soient encore importées d’autres continents alors qu’elles pourraient circuler à l’intérieur du marché africain.

Nous devons établir une véritable cartographie des matières premières et des productions disponibles sur le continent. Le coton du Burkina Faso, le cuir d’Éthiopie et bien d’autres ressources peuvent alimenter les industries d’autres pays africains. Cette complémentarité doit permettre de développer le commerce intra‑africain, de renforcer les chaînes de valeur et de créer davantage de valeur ajoutée sur le continent.

Quelle est votre vision pour les PME d’Afrique centrale à l’horizon 2030 ?

Notre ambition est de faire en sorte que les petits et moyens entrepreneurs ne restent plus confinés à leurs marchés nationaux. À l’horizon 2028‑2030, nous voulons voir davantage de PME capables de produire, de se structurer, d’accéder au financement et surtout d’exporter leurs produits vers les autres pays africains.

Nous profitons de l’occasion pour remercier les autorités gabonaises, en tête desquelles le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui porte une vision forte pour l’Afrique centrale et soutient le secteur privé.

À terme, notre objectif est que les entrepreneurs puissent vendre leurs produits à l’échelle régionale et continentale, avec le moins de barrières possibles, à l’image de ce qui se met progressivement en place dans d’autres grands espaces économiques.

La ZLECAf doit ainsi devenir une réalité économique pour nos entrepreneurs, et non rester seulement un accord institutionnel.

MIM/FE/CBM/AGP

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