Économie

Guerre au Moyen-Orient : « Il y a peu de risque que la fermeture du détroit d’Ormuz impacte directement les approvisionnements du Gabon »

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LIBREVILLE, 24 mars 2026 (AGP) – Dans un entretien accordé à la rédaction de l’Agence Gabonaise de Presse autour des conséquences d’une éventuelle fermeture du détroit d’Ormuz, l’expert financier et économique Willy Ontsia estime que le Gabon ne devrait pas voir ses approvisionnements directement affectés, tout en alertant sur les risques de hausse des coûts logistiques et d’accélération de l’inflation importée liés aux tensions géopolitiques au Moyen‑Orient.

AGP: Comment la fermeture du détroit d’Ormuz pourrait‑elle affecter les coûts, les délais et la disponibilité des importations essentielles du Gabon, notamment les carburants raffinés, les intrants industriels et les biens de consommation ?

Willy Ontsia : En moyenne, le Gabon importe près de 82 % de sa consommation domestique, essentiellement composée de produits alimentaires, de matériaux de construction et de biens de consommation. L’Europe, principalement la France et la Belgique, est le premier fournisseur du Gabon avec 40,1 % des importations, suivie de l’Asie – notamment la Chine et l’Inde – qui couvre 34 % des besoins du pays, puis de l’Afrique avec 16,9 %.

Dans ces conditions, les navires qui approvisionnent le Gabon depuis l’Europe, la Chine ou l’Inde n’empruntent pas principalement le détroit d’Ormuz. Il y a donc peu de risque que sa fermeture impacte directement les approvisionnements du pays.
Cependant, une telle situation exerce une pression spéculative sur le prix du baril de pétrole et sur le marché des devises. Cela devrait entraîner une hausse des coûts du fret maritime et aérien international, ainsi qu’une augmentation des charges de production en Europe, en Chine et en Asie. In fine, cette dynamique accélérerait l’inflation importée au Gabon, avec une incidence directe sur le pouvoir d’achat réel des ménages.

Dans quelle mesure cette crise pourrait‑elle influencer la compétitivité des exportations gabonaises (pétrole, bois, minerais) en raison de la volatilité des prix internationaux et de la hausse des coûts logistiques mondiaux ?

Le Gabon est avant tout une économie de rente extravertie : les exportations d’hydrocarbures, de minerais et de bois représentent plus de 80 % de la valeur du commerce extérieur.
Toutes choses égales par ailleurs, la crise au Moyen‑Orient a provoqué une flambée du cours du pétrole au‑delà de 100 USD. Si cette tendance se maintient, l’État gabonais pourrait enregistrer une plus‑value pétrolière et une amélioration des finances publiques, sous réserve des contingences contractuelles entre l’État et les compagnies pétrolières.

En revanche, sur le plan des importations, l’intensification des tensions géopolitiques au Moyen‑Orient, qui affectent également les sites pétroliers des pays du Golfe, combinée aux restrictions pesant sur les approvisionnements chinois en pétrole vénézuélien et iranien, devrait contribuer à renchérir le prix des hydrocarbures, à accroître les tarifs du transport maritime international et à augmenter les coûts de production dans les principaux pays fournisseurs du Gabon.

En l’absence de stocks stratégiques nationaux, l’indice des prix des importations en provenance d’Europe, d’Asie et d’Inde pourrait ainsi progresser de 10 % à 15 % au minimum. Par effet domino, le cadrage macroéconomique prévoyant un taux d’inflation de 3 % en 2026 pourrait être dépassé pour atteindre environ 5 % sur l’exercice en cours.

Quelles stratégies le Gabon devrait‑il mettre en place pour sécuriser ses approvisionnements et protéger ses exportations face à une perturbation durable des routes maritimes mondiales ?

S’agissant de la fermeture du détroit d’Ormuz, l’État pourrait négocier des approvisionnements alternatifs via des routes maritimes détournées pour les commandes potentiellement concernées par ce passage.
À court terme, la plus‑value pétrolière latente devrait être utilisée pour réduire le poids de la dette publique intérieure et extérieure grâce à des remboursements anticipés.

Pour faire face à l’inflation importée liée aux tensions internationales, l’État gabonais, via la Centrale d’achat du Gabon, pourrait constituer en urgence des stocks de sécurité afin de lutter contre la vie chère. Une partie de la plus‑value attendue pourrait également financer un « bouclier social » destiné à amortir la hausse des prix des biens de consommation et du transport.

À moyen terme, l’État gabonais devrait finaliser le projet de compagnie maritime nationale et relancer la raffinerie de la Sogara à Port‑Gentil, afin de réduire la dépendance aux importations de produits raffinés et de mieux valoriser le brut local. Par ailleurs, le Gabon gagnerait à diversifier ses sources d’énergie, en mettant un accent particulier sur les énergies renouvelables, afin d’atténuer la volatilité liée au marché pétrolier.

Propos recueillis par SN/CBM/WM/EN/AGP

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